‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 95 sur 231 · UV. VI. — MORT DE L'ABBE DE SIXT. 2Ô · texte numérisé non relu

UV. VI. — MORT DE L'ABBE DE SIXT. 2Ô

et une douceur qui disposèrent tous les cœurs à agréer la sen tence qu'il allait prononcer. Il pesa les raisons de part et d'autre, régla le différend avec une sagesse qui satisfît tous les esprits, rapprocha tous les cœurs, et étouffa jusqu'aux moindres germes de discorde. 11 fit même plus, il gagna tellement l'estime et l'affection de l'abbé, Jacques de Mouxi, que celui-ci lui fit une confession de plusieurs années en l'accompagnant des plus beaux sentiments de contrition et de ferveur. Le saint évèque s'en revint donc bien consolé ; mais à peine était-il de retour à Annecy, qu'arriva un exprès pour l'informer que l'abbé était tombé gravement malade, et qu'il le conjurait de venir le préparer à la mort. Sur cette nouvelle, il repartit aussitôt, malgré la longueur du chemin qui était de deux journées de marche, et la difficuté de la route à travers les montagnes, les glaces et les neiges; car alors on était vers la fin de novembre.

Dès qu'il fut arrivé, il disposa l'abbé à faire une revue complète de toute sa vie : il employa à l'entendre, pendant trois jours, l'après-midi tout entier jusqu'à la nuit': et le quatrième jour, la confession étant finie, ce bon vieillard, qui n'était que diacre, parce qu il n'avait jamais voulu recevoir la prêtrise, se fit conduire revêtu du surpHs, jusque dans l'église, où il entendit la messe et reçut la communion de la main du saint prélat, avec un visage où rayonnait la paix de la bonne conscience , la joie d'un cœur purifié. Depuis ce moment il parut tout changé ; ce fut dans toute sa conduite une ferveur extraordinaire; il ne voulut plus s'occuper que des choses du ciel, et quand on lui parlait des affaires de la maison, il répondait qu'il avait mis son àme et ses biens entre les mains de l'évêque et lui en avait laissé l'entière disposition. Dix-huit jours se passèrent ainsi, au bout desquels il mourut selon la prédiction de François, lequel, en quittant l'abbaye à son précédent voyage, avait dit à l'abbé de Mouxi , neveu du malade, de veiller à ce que toutes les affaires temporelles de son oncle fussent en ordre, parce qu'il ne devait pas vivre au delà de deux lunes; prophétie qui, contrairement à toutes les conjectures de la prévoyance

humaine, se trouva d'une exacte vérité : car on touchait alors à la lin de la lune de novembre, et l'abbé mourut le quatrième jour de décembre'.

* Dép. de l'abbé de Mouxi, neveu, qui était présent, de l'abbé Legay, de Passis, de Desfayes, etc. — Cliarl.-Aiig., p. 546 et 547.

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