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LIV. VI. — SES NOMBREUSES PRÉDICATIONS. 21 o

arriva de promettre jusqu'à trois et quatre sermons pour le même jour; et ses amis lui en faisant reproche comme d'une indiscrétion : « Que voulez-vous, leur répondit-il, j*ai un cœur <' qui ne sait rien refuser. J'ai plus t6t fait un sermon que de n dire nenni *. Si j'entrais dans vos vues, il faudrait m'établir (c un vicaire pour refuser; car jamais je n'aurais le courage « de le faire moi-même. La parole que j'annonce m'apprend « que nous devons donner à tous ceux qui nous demandent, « et que la vraie charité, sans égard à ses propres intérêts, « n'envisage que ceux de Dieu et du prochain. Qu'est-ce que « le peu que nous faisons, près des sentiments de Moïse et de a saint Paul, dont l'un désirait être effacé du livre de vie et l'au- « Ire anathème pour ses frères*? » Le jour des Rois, il prêcha dans l'église Saint-Mathurin sur la beauté de l'Église naissante, montra , d'un côté , dans le mystère de la fête un mystère de vocation et d'offrande, de lumière et d'amour; de l'autre, dans chaque communion comme une noifvelle épiphanie, puisque, après avoir reçu Jésus-Christ, nous devons lui faire hommage ainsi qu'à notre roi, et renouveler le serment de notre fidélité ^.

Huit jours après , prêchant dans l'église Sainte-Madeleine, il prit pour texte ces paroles : « Jésus a été obéissant jusqu'à « la mort de la croix. » Sur quoi , un hérétique qui se trouvait présent , étant venu lui dire, d'un air magistral^ que le texte de son discours était inopportun : « Monsieur, répon- « dit-il en souriant, ce texte était très opportun pour vous, « puisque vous désobéissez à l'Église. » Le calviniste, touché de la réponse, se fit instruire et abjura ses erreurs.

Le 17 janvier, il prononça le panégyrique de saint Antoine, où il fit ressortir combien nous serions inexcusables de ne pas nous sauver, nous, vivant parmi les chrétiens et avec tant de moyens de salut, lorsque ce patriarche de la solitude a pu

* Vie du saint f par la mère de Chaugy.

- Esprit de saint François de Sales, p. IV*, sect. xxxiv.

* AnnOo de la Visitation, 6 janvier.

devenir un sainl parmi des légions de démons acharnés à sa perte.

Le 20 janvier, il prêcha encore le panégyrique de saint Sébastien; et là, parlant de Técriteau attaché par ordre de l'empereur sur la poitrine du glorieux martyr, pour faire connaître qu'il était chrétien, il montra que nous devrions tous porter le nom de Jésus gravé dans nos cœurs et C9mme imprimé dans nos actions et notre langage par une manière de faire et de dire qui révèle en nous les disciples du grand modèle des élus.

Le Carême arrivé, il reprit ses sermons de station à Saint- André des Arts. Après le Carême, il continua encore de prêcher partout où on l'invita; jusque-là que, quelques personnes ayant eu la curiosité de compter le nombre de ses' prédications , il fut constaté à son départ que , pendant Tannée qu'il avait passée à Paris, il était monté en chaire trois cent soixante-cinq fois, et cela sans jamais lasser son auditoire ^ La foule le suivait partout où il devait parler, se pressant pour ne perdre aucun de ses discours, à ce point que, prié de prononcer, à la maison professe des Jésuites, le panégyrique de saint Louis, il fut obligé, vu l'afïluence du peuple, de passer par une des fenêtres du chœur pour arriver à la chaire-, comme il avait fait, quelques mois auparavant, le jour de Saint-Martin.

Dans ces instructions si multipliées, le saint prédicateur ne négligeait pas l'éloquence, mais il s'occupait beaucoup plus de donner à ses auditeurs une doctrine claire et solide; s*oubliant lui-même, il ne pensait qu'à la conversion des âmes; plein de douceur partout ailleurs, il paraissait là plein de zèle, s'animant d'une sainte colère contre le monde et ses passions, rappelant les pécheurs à la vertu, recommandant aux justes la pratique des conseils évangéliques, surtout la communion

» Charl.-Au^., p. 522.

2 IbicL, p. 524.

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