‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 105 sur 292 · LIV. VI. — CONVERSIONS REMARQUABLES · texte numérisé non relu

LIV. VI. — CONVERSIONS REMARQUABLES

et la dévotion au Saint Sacrement, qu'il appelait la fontaine de toutes les grâces, Tarsenal où nous devons prendre les armes défensives ou offensives pour combattre les ennemis du salut *,

Lorsque le saint évéque n^était pas en chaire, il s'occupait de prières ou de saintes œuvres, confessait toutes les personnes qui désiraient lui ouvrir leur cœur, ofBciait pontificalement ou allait dire la messe partout où on Tinvitait; et, dès qu*on savait le lieu, on y faisaitfoule pour le consulter sur les affaires les plus difficiles, sur les cas de conscience qui inquiétaient, sur les voies de la perfection où Ton voulait marcher. Une vie si bien remplie édifiait toute la capitale, gagnait les cœurs à Dieu et faisait de nombreuses conversions, même parmi ceux qui ne pouvaient Tentendre.

Le gouverneur de la Père, en Picardie, calviniste obstiné, étant tombé dangereusement malade à Paris, consentit, sur les instances de ses amis catholiques, a conférer de la religion avec un prélat d*une si haute réputation de science et de vertu ^. Le saint évoque, informé delà chose, s'empressa d'accourir au chevet du malade. Accueilli d'abord par des paroles brusques, il n'y opposa que des manières et des paroles pleines de douceur, et aborda peu à peu la doctrine catholique avec cet art d'insinuation qui lui était propre. Le malade écouta tout avec une grande attention et sans aucun indice de déplaisir : « Monsieur, dit-il ensuite, je ne suis pas en état de « discuter, mais revenez dans huit jours, je conférerai de ce f< que je viens d'entendre avec le ministre Dumoulin; je le « ferai venir ici avec vous, et, tous deux^ vous discuterez ces <c matières en ma présence. » Cette réponse remplit de joie le cœur du saint prélat, et il promit d'être exact au rendezvous. Le malade mande aussitôt le ministre, lui rapporte la doctrine et les raisons de l'évêque, et le prie d'accepter ladis-

* Dép. du seigneur de Charmoifty, - Charl.-Aug., p. 519.

cussion en sa présence. Le ministre refuse; le malade insiste, lui disant qu'il répondra de son âme aujourdujugement;les instances sontinutiles. Dumoulin ne veut pas se mesurer avec Tévéque de Genève. Au bout de huit jours, Tévéque revienl, selon sa parole : « Ah! Monsieur, lui dit le malade en plea- « rani, que je suis heureux de vous recevoir! Voilà cinquante « ans que les ministres me trompent; si Dumoulin avait jugé <( sa cause bonne, il n*aurait pas refusé de la soutenir devant « vous. Un tel refus m'éclaire : je suis prêt à abjurer le calvi- (t nisme, que son ministre ne sait pas soutenir. Veuillez, de « grâce, m'instruire de la religion catholique. »

Le saint évéque, alors levant les mains et les yeux au ciel pour adorer Tétemelle providence de Dieu, commença Tinstruction de son malade, le réconcilia à TËglise^ lui obtint, par ses prières, le rétablissement de sa santé; et le nouveau converti, plein de zèle pour la foi qu'il venait d'embrasser, convertit toute sa famille, qui était fort nombreuse *. Celte conquête ne fut que le prélude de beaucoup d'autres victoires.

Un gentilhommecalviniste,quise trouvait chez madame de Montigny, sa parente, au moment où François alla la visiter, lui ayant déclaré qu'il se ferait soudain catholique si on lui prouvait l'existence du purgatoire, l'évéque ouvrit assitôt la Bible, qu'il faisait toujours porter avec lui par son valet de chambre, lui montra, par l'exemple de David ^, qu'après le péché pardonné il reste une peine temporelle à subir ; par la première épitre de saint Jean ^, qu'il est des péchés qui ne sont pas mortels; et de ces deux faits il inféra Texistence d'un lieu d'expiation pour ceux qui meurent sans avoir subi cette peine temporelle ou expié ces péchés véniels. 11 apporta le texte si clair du IP livre des Machabées : « C'est une sainte et « salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient

1 Année de la Visitation, 13 février.

2 II Reg,, XI.

' I Joan., 5.

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