LIV. VI. — CONVERSIONS REMARQUABLES
« délivrés de leurs péchés. » Et il prouva l'authenticité de ce livre. Citant ensuite la parole de Notre-Seigneur : Le péché contre le Saint-Esprit ne sera remis ni en ce monde ni en rautre, il en conclut qu'il est des péchés qui seront pardonnes dans l'autre monde; et ces péchés, quels sont-ils, sinon ceux qu'on expie en purgatoire? Il développa le texte de saint Paul : Celui qui mêle un peu de vanité à sa prédication sera sauvé comme à travers le feu; et, passant de là aux sentiments des Pères et des conciles, à l'autorité et àla coutume de l'Ëglise, à la raison même qui nous dit que, puisqu'il en est qui, à la mort, ne sont ni assez saints pour entrer de suite au ciel, ni assez mauvais pour être jetés en enfer, il doit y avoir, pendant la durée des temps d'épreuve, un lieu mitoyen entre l'an et l'autre, il laissa le gentilhomme pleinement convaincu de l'existence du purgatoire, et, peu de jours après, il reçut son abjuration ^
Un autre calviniste, demi-savant, voulut, vers le même temps, par pure curiosité, entrer en controverse avec le saint évêque et le presser de ses objections pour savoir jusqu'où allaitsa science, dont on parlait tant : il fut pris dans les filets de l'homme de Dieu et se convertit.
Un autre, descendu de l'hérésie jusqu'à l'athéisme par une conséquence qui est rigoureuse pour tout esprit logique, ayant eu occasion de le rencontrer, lui demanda d'un ton railleur s'il y avait un Dieu et qu'est-ce que c'était que la foi *. L'évèque alors, s'inspirant d'un zèle apostolique, accompagné de la plus aimable douceur, reprit patiemment la chaîne des Yérités religieuses depuis le premier anneau jusqu'au dernier, conduisit cet esprit dévoyé des principes aux conséquences, le forçant d'admettre d'abord une cause première spirituelle, infiniment parfaite, avec l'obligation de l'honorer, de l'aimer et de la servir; puis la mission divine de Jésus-Christ et de
ï Charl.-Aug., p. 520.
« Ibid,, p. 521.
son Église, chargée de conserver intact le dépôt des vérités révélées, avec le devoir de nous soumettre à ses enseignements; enfin la beauté et Texemple de ces enseignements même; et telles furent la force et Fonction avec lesquelles il exposa tout ce bel ordre de doctrine, que l'athée, ouvrant à la fois son esprit et son cœur à la vérité démontrée, fondit en larmes sur son égarement, se confessa, communia et mena depuis une vie exemplaire ^.
Quelques jours après ce retour si consolant, on vint avertir le saint évêque qu'il y avait dans les prisons un malheureux condamné à mort qui, dans Fexaspération du désespoir, refusait les sacrements et dévouait d'avance son àme à tous les démons. Il accourt sur-le-champ^ descenddans le cachot, embrasse le coupable, le console, pleure avec lui et le presse d'avoir confiance dans les miséricordes divines, d'accepter la mort en expiation de ses fautes et de s'y préparer par la confession : <( C'est inutile, dit le malheureux; je suis destiné à « Tenfer et je serai bientôt la proie du diable. — Mais, mon tt enfant, n'aimeriez-vous pas mieuxètre la proie du bon Dieu « et la victime de la croix de Jésus-Christ? — Sans doute, « mais Dieu n'a que faire d'un misérable comme moi. — Mais « c'est pour les hommes comme vous, réplique l'évèque, que « le Père éternel a envoyé son Fils au monde; c'est pour des « hommes pires que vous, tels que ses bourreaux et le traître « Judas, que Jésus-Christ a versé son sang. — M'assurez- vous, « dit le criminel, que je puis sans effronterie recourir à la « miséricorde de Dieu? — Ce serait au contraire une grande « effronterie de ne pas penser que celte miséricorde, étant « infinie, peut pardonner tous les péchés possibles. — Mais « Dieu est juste, il me damnera. — Dieu est miséricordieux. « il vous sauvera, si vous lui demandez pardon avec un cœur « contrit et humilié. » Touché de ces bonnes paroles, le criminel se confesse, se résigne et fait la mort la plus édifiante
1 Dép, de François FavrCj qui étiiit présent.