‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 107 sur 292 · LIV. VI. — SON AFFABILITÉ POUR TOUS. 22i · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SON AFFABILITÉ POUR TOUS. 22i

en redisant souvent : « 0 Jésus! je m'abandonne à vous, je « me confie en vous *. »

Non seulement Tévêque de Genève allait visiter ceux auxquels il pouvait être utile; il était encore, pendant le temps qu il passait dans sa chambre, accessible à tous, aux indiscrets même et aux importuns, comme à ses meilleurs amis; il recevait cette foule avec une sainte joie et une merveilleuse affabilité, sans jamais laisser s'élever sur son front aucun de ces nuages que forment la fatigue et l'ennui^ entendant parler des petites choses comme s'il eût ignoré les grandes, et des grandes comme s'il ne se fût jamais occupé des petites, écoutant avec plaisir et engageant à répondre avec confiance, s'accommodant à tous et ne se préférant à personne, laissant chacun faire paraître son esprit sans jamais se prévaloir de la supériorité du sien.

Un jour un hérétique, étant venu le trouver dans sa chambre, lui demanda sans autre préambule si c'était lui qu'on nommait l'évêque de Genève. « Oui, Monsieur, répondit-il, « on m'appelle ainsi. — Je voudrais bien savoir de vous, « qu'on tientpour un homme apostolique, si les apôtres allaient « en carrosse. — Certainement, monsieur, quand l'occasion « s'en présentait. — Je voudrais bien que vous mefissiezvoir o cela dans l'Écriture. — Lisez le huitième chapitre des Actes « des Apôtres, vous y verrez que le diacre saint Philippe « monta dans le carrosse de l'eunuque de la reine d'Ethiopie. V — Mais, dit l'autre, ce carrosse n'était pas à lui ; il était à « l'eunuque, et ce n'était pas un carrosse doré, brodé, si riche « que le roi n'en a pas de plus beaux, traîné par les plus ma- « gnifiques chevaux, conduit par les cochers les mieux vêtus ; « c'est là ce qui me scandalise en vous, qui faites le saint et fi qu'on tient pour tel : vraiment, voilà de beaux saints qui « vont au paradis bien à leur aise! — Hélas! Monsieur, re-

* Esprit de saint François de Sales, III* part., sect. xi. — Charl.-Aug., p. 521.

« prit Tévéque, ceux de Genève qui retiennent le bien de mon « évêché m'ont coupé Therbe si courte, que tout ce que je « puis faire, c'est de vivre pauvrement et petitement de ce qui « me reste. Je n'eus jamais de carrosse à moi, ni de moyen « d'en avoir ; celui dont je me sers appartient à Sa Majesté, « qui fait honneur des voitures de la cour à ceuxqui, comme w moi, accompagnent le prince de Savoie. — Vous êtes donc « pauvre? reprend l'interlocuteur. — Je ne me plains point « de ma pauvreté; je puis vivre, à la rigueur, et quand j'en « sentirais les incommodités, j'aurais tort de me plaindre « d'une position que Jésus-Christ a choisie pour son partage, « vivant et mourant entre les bras de la pauvreté. » Le protestant se retira satisfait de cette entrevue, plein d*estime et d'affection pour le saint évêque *.

La même douceur édifia un ancien militaire du Palatinat, Philippe Jacob, qui l'aborda un jour sur ce ton brusque * : <i Je voudrais bien savoir, Monsieur, ce que vous faîtes ici. « — Je suis ici, répondit le saint évêque avec calme, par ordre « de mon prince et pour un bien public. — Mais vos brebis, « qui en prend soin pendant que vous êtes absent? — Avant « mon départ, je lésai confiées à des prêtres doctes et zélés, « qui les paîtront jusqu'à mon retour. — La résidence des « évêques n'est-elle pas de droit divin? — Je l'estime ainsi, <t répondit Tévêque. — Et les évêques d'aujourd'hui sont-ils « évêques comme ceux de la primitive Eglise? — Oui, sans « doute , reprit-il ; ils ont le même pouvoir et la même dignité. <t — Mais peuvent-ils faire des miracles comme saint Pierre? a — Encore qu'ils ne seraient que l'ombre de saint Pierre, <( l'ombre de saint Pierre faisait des miracles. » La dispute ainsi engagée se prolongea pendant deux heures, au bout desquelles cet homme, ravi des réponses de Tévèque, lui dit en se retirant : « Monseigneur, calviniste de naissance, j'ai

* Esprit de saint François de Salesi, V* p., sect. .\xvi. 2CharL-Aug., p. 523.

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