‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 108 sur 292 · LIY. VI. — NOMBREUSES VISITES QU'IL REÇOIT · texte numérisé non relu

LIY. VI. — NOMBREUSES VISITES QU'IL REÇOIT

u embrassé naguère la foi romaine ; les difBcultés que je ^< viens de vous proposer m'étaient restées dans Tesprit. Si « vous ne me les eussiez résolues avec autant de clarté et de « douceur, je retournais dès demain à la religion protestante. « Je bénis Dieu qui m'a aimé jusqu'à me faire la grâce de «< vous rencontrer. » Ce ne fut pas la dernière fois que cet homme eut à bénir Dieu de la rencontre de François : car, ayant ensuite fait le voyage d'Italie et en étant revenu avec sa femme dans la plus extrême pauvreté, il vint retrouver à Annecy l'homme de Dieu, qui paya pendant six semaines sa dépense à l'hôtel où il était logé, et lui donna à son départ une somme d'argent considérable.

Parmi les personnes qui venaient visiter le saint prélat, on se doute bien que les dames ne firent pas défaut. Un jour, au sortir d'un sermon, elles Tenvironnèrent : chacune avait une diiliculté à lui proposer; et, impatientes d'attendre leur tour, elles parlaient toutes à la fois : « Mesdames, leur dit l'évéque « en souriant, je répondrai à toutes vos questions, pourvu « qu'il vous plaise de répondre à la mienne : Supposons une « assemblée où tout le monde parle et où personne n'écoute, « qu'est-ce qu'on y dit? » Toutes comprirent, se turent et s'en allèrent, se réservant chacune de parler au saint évêque seule à seul ^

Des hommes éminents en vertu vinrent aussi, mais avec plus de discrétion, visiter l'évéque de Genève et lier avec lui une sainte amitié. Un des plus remarquables fut André Duval, doyen de la faculté de théologie de Paris et supérieur général des Carmélites de France. Il voulut se confesser au saint prélat, qui à son tour se confessa à ce grand serviteur de Dieu; tous deux se donnèrent mutuellement des avis spirituels pour leur conduite ; et chacun d'eux dit de l'autre : « Je ne sui.s « pas digne de dénouer la courroie de ses souliers. » Ils se concertaient ensemble pour gagner et instruire les hérétiques ;

^Esprit de saint François de Sales j Ill«p., scct. xiii.

et, quand rœuvreétait consommée, l'un en attribuait toujours le mérite à l'autre : c*était là le seul point où ils ne fussent pas d'accord, belles disputes des saints qui s'humilient pour exalter leurs frères, selon la remarque que faisait saint Vincent de Paul en racontant ce fait à sa communauté *.

Gomme M. Duval, le père Suffren, de la Compagnie de Jésus, confesseur de Louis XIII et de Marie de Médicis, et M. Bourdoise, fondateur de la communauté de Saint-Nicolas du Chardonnet, eurent une large part dans l'intimité de^rançois. Le premier était un homme de prière et d'éludé; et le saint évêque en tira parti en l'engageant à composer pour les fidèles une sorte de Bréviaire spirituel, où ils trouveraient pour chaque saison de l'année, chaque mois, chaque semaine, chaque jour, des pratiques propres à les sanctifier; et de là nous est venue VAnnée chrétienne, excellent livre qui n'a d'autre défaut que la vieillesse du style. Le second était moins un homme de cabinet qu'un homme d'action : c'était un réformateur ardent du clergé, dévoré de zèle pour la discipline ecclésiastique, jusqu'à ne pouvoir souffrir dans le prêtre rien de ce qui n'était pas parfaitement régulier, et toujours prêt à combattre sans ménagement le désordre partout où il l'apercevait. Curieux de faire la connaissance d'un si saint évêque, qui réalisait dans sa personne l'idéal de la perfection sacerdotale, et se flattant d'en tirer un grand profit pour sa sanctification et le bien du clergé, il lui écrivit une longue lettre qu'il porta lui-même, où il faisait ressortir le peu de fruit que produiraient ses prédications, tant que le clergé et le peuple ne seraient pas mieux instruits et mieux réglés. L'évêque, après avoir lu cette lettre deux fois avec une grande attention, conféra une heure entière sur son contenu avec le père Bourdoise ; et celui-ci insista plus fortement encore sur la nécessité de réformer le clergé. « C'est une chose étrange,

1 M. Duval a laissé une théologie, un traité de Suprema RimaniPontificis in Ecclesiam Poteslate, et autres ouvrages. Il mourut le 9 septembre 1638, âgé de soixante-quatorze ans.

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