‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 11 sur 292 · LIV. V. — VOYAGE DE MADAME DE CHANTAL A ANNECY · texte numérisé non relu

LIV. V. — VOYAGE DE MADAME DE CHANTAL A ANNECY

dame de Boisy d'une perte aussi cruelle : « Me mettant à ge- « noux, dit-elle, pour prononcer ce vœu, la divine bonté me « consola et me fit voir que c'était le moyen que sa provi- « dence avait choisi pour faciliter ma retraite en Savoie. » Elle proposa donc cette alliance à son père, le président Frémiot. Celui-ci opposa d*abord beaucoup de difficultés : il aimait tendrement sa petite-fille; et comment s'en séparer jusqu'à l'envoyer hors de France? Mais ensuite, considérant le grand bonheur que ce serait pour sa maison de s'allier avec celle d'un saint, il se rendit aux désirs de sa fille et voulut en informer lui-même l'évoque de Genève. « Il faut que je vous tt confesse, monseigneur, lui écrivit-il, que jamais d'autres <c forces que celles que Dieu a données à madame de Chantai « n eussent su tirer cette petite de dessus mes genoux, d'entre « mes bras et de devant mes yeux. » L'exemple du président détermina le grand-père et les parents du côté paternel de mademoiselle de Chantai à consentir également à ce mariage; et dès lors ce ne fut plus qu'une question de temps et d'opportunité.

Mais au moment où tout se préparait au mieux pour la naissance du nouvel institut, tout sembla s'ébranler et crouler par terre : Henri IV tenta, comme nous l'avons dit ailleurs, d'arracher de Savoie l'évéque de Genève et de l'attirer en France. Le saint prélat, qui n'avait rien de caché pour madame de Chantai, ne put lui taire la chose, et il est facile de concevoir combien cette nouvelle la déconcerta. « Ne vous « troublez point, lui répondit François, rien ne se fera que « de par Dieu. Ce ne serait pas sans répugnance que je chan- « gérais de pays, quoique je ne me sente nullement attaché « qu'à quelques âmes d'un lien tout purement spirituel. Dieu « merci; mais Dieu tiendra tout de sa main, et mon âme n'a i< de rendez-vous qu'en sa providence tout aimable * . »

Ce que craignait tant madame de Chantai n'arriva point, et

1 De Cambis, t. lï, p. 25.

elle put obtenir l'agrément de son père et de son beau-père pour venir à Annecy passer le carême de 1609 avec ses deux filles, motivant cette absence sur la nécessité de conclure le contrat de mariage de Taînée promise au baron de Thorens. Pendant tout ce saint temps, elle conféra avec Tévéque sur rétablissement prochain de sa congrégation, suivit tous les sermons qu'il prêcha à la cathédrale, assista chaque jour à tout Foffice, visita les pauvres et fut pour toute la ville un spectacle d'édification. Le vendredi saint, elle renouvela ses vœux en la formule suivante, écrite de sa main : a Le jour de « la mort de mon Sauveur, Tan 1609^ je renouvelle mes c( vœux avec une nouvelle et incomparable affection, voulant « pour jamais mourir à moi-même et à toutes choses pour a vivre en Tobéissance de la divine volonté, à laquelle je me « consacre absolument et sans réserve, pour lui obéir en la <( personne de M. de Genève. Ainsi, mon Sauveur m'aide et « me reçoive, comme de tout mon cœur je me donne à lui! » La pieuse baronne convint ensuite avec Tévêque de saisir la première occasion favorable pour obtenir le consentement de son père à son entrée en religion ; et, après les fêtes de Pâques, elle revint à Dijon, où elle séjourna quelque temps, épiant le moment de s'ouvrir à M- Frémiot sur le dessein qu'elle méditait. Un jour, c'était le 2l\ juin, pendant que tout le monde était à voir les feux de joie de la Saint-Jean, s'étant trouvée seule avec son père, elle commença par lui dire combien elle souffrait d'élever ses enfants chez le vieux baron de Chantai, dont la maison était si mal tenue : « Que cela ne vous « mette point en peine, répondit ce tendre père; votre fille « aînée va se marier au baron de Thorens ; vos deux cadettes « sont en âge d'être mises en pension dans un cloître pour le- « quel elles annoncent de la vocation, et je me charge de votre « fiis. — Oh ! alors, reprit la sainte veuve, ne trouvez pas (( mauvais si, profitant de la liberté que me donne cette beu- « reuse disposition, je quitte le monde et je vais me renfer- « mer en religion, où Dieu m'appelle depuis longtemps. » A

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