L.VI.ÏL EST NOMMÉ AUMONIER DE LK PRINCESSE CHRISTINE
prodigieuse pour Tépoque; et, moins d*un mois après les conventions arrêtées, la cérémonie du mariage se faisait à Paris par le cardinal de la Rochefoucauld , grand aumônier de France, assisté de Tévèque de Genève. Gomme tous attribuaient la conclusion d'une alliance si désirée aux prières et à la prudence de François, le pince de Piémont voulut le présenter à la princesse son épouse, et celle-ci aussitôt le nomma son grand aumônier. Tout le monde applaudit à ce choix et en félicita la princesse : car les courtisans eux-mêmes, qui louent si rarement la piété, ne tarissaient pas sur la louange de Tévéque de Genève. Ils Tavaient vu paraître à la cour autant que le demandait sa mission, jamais hors de là; et toujours il s'était montré dans la dignité de sa vertu et de son caractère, aimable sans être flatteur, plein de majesté sans fierté, de sagesse sans artifice, en un mot comme Timage de Dieu sur la terre, selon la parole alors célèbre du grand prieur de France, Alexandre de Vendôme. Seul, le saint évéque fut surpris de sa nomination ; il ne pensait à rien moins. « Je n'ai ni directement ni indirectement ambitionné cette « charge, écrivait-il à madame de Chantai ^ ; je ne me sens « nulle sorte d'ambition que de pouvoir employer le reste de « mes jours au service de Noire-Seigneur. » Il avait même une aversion très prononcée pour la vie de la cour * : il n'aspirait qu*à la résidence dans son diocèse ; et, s'il accepta la grande aumônerie, ce fut parce que la grâce avec laquelle la princesse la lui offrit, les vives instances avec lesquelles on le pressa de l'accepter, ne lui permirent pas de la refuser. Encore y apposa-t-il deux conditions : la première , que cette charge ne préjudicierait en rien à ses devoirs d'évéque ni à sa résidence à Annecy; la seconde, qu'il ne toucherait aucun traitement comme aumônier. La princesse, pour mettre le sceau à sa faveur, lui fit cadeau d'un magnifique diamant de
ï Lettre cdlxxxi*.
» Efprit de 9aint François de Sales , XVII !• part., sect. ii.
cinq cents écus, et en le recevant il fit connaître Tusage auquel il le destinait : « Voilà, Madame, dit-il, qui sera bon pour « nos pauvres d* Annecy * . »
Présenté ensuite à la princesse Henriette-Marie de France, autre sœur du roi, et voyant la vive part qu'elle prenait aux fêtes dont la princesse Christine était Tobjet, il lui prédit qu'elle aurait un jour une gloire plus solide, et que Dieu la destinait à soutenir son Église. Prédiction que l'événement justifia. Car tout le monde sait que, mariée à Charles Stuart, premier du nom, roi d'Angleterre, cette princesse honora TÉglise catholique par ses hautes vertus ; qu'obligée, en ifiU, de repasser en France pour se dérober à la persécution de ses sujets, elle eut tout à la fois la douleur de laisser le roi son époux aux mains des rebelles, qui lui tranchèrent la tète, et le bonheur de relever ses infortunes par une vivacité de foi qui les lui fit placer dans son estime au rang des plus grandes grâces.
Sur ces entrefaites, l'abbaye de Sainte-Geneviève, qui valait quatre mille écus de rente, étant venue à vaquer, les amis du saint évéque vinrent lui représenter que ce riche bénéfice était à sa disposition; que, s'il voulait l'accepter, le roi se ferait un plaisir de l'y nommer, et, que, d'un autre côté, cet accroissement de fortune le mettrait à même de faire plus de bien et de mieux soutenir l'honneur de sa dignité. « Non, leur « répondit-il, je ne veux point de cette abbaye, je n'ai besoin « de rien. » On eut beau insister, en venir même jusqu'à lui reprocher avec amertume son insouciance : il ne se départit point de sa résolution *. Ce refus ne fut que comme le prélude d'un autre plus mémorable.
Le cardinal de Retz, évéque de Paris ^, vint lui proposer d'être son coadjuteur avec la future succession de ce grand
ï Gharl.-Aug., p. 524.
^Ibid,, p. 526.
3 Paris ne fut érigé en archevêché que trois ans plus tard, c'est-àrdîn* en 1622.