‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 116 sur 292 · LIV. VI. — SON DÉTACHEMENT · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SON DÉTACHEMENT

siège * : il désirait vivement assurer au diocèse de Paris un prélat dont il disait en toute occasion qu'il ne croyait pas que r^glise eiH eu ni un plus saint évèque depuis saint Martin et saint Ambroise, ni un plus savant docteur depuis saint Augustin et saint Thomas, ni un plus pieux personnage depuis saint Bernard et saint Ildefonse^. François fit ici la même réponse que pour Fabbaye de Sainte-Geneviève. Le cardinal, pour vaincre ses résistances, s'engagea à lui payer une forte pension annuelle jusqu'à ce qu'il fût titulaire» à lui laisser une plénitude entière de pouvoirs pour gouverner le diocèse selon son gré, à faire nommer évêquer de Genève son frère Jean- François, à payer les frais des lettres apostoliques et autres dépenses de la cour romaine; de plus, il fit valoir le grand bien qu'il pourrait faire au milieu d'un peuple qui déjà l'entourait de tant d'amour; il ajouta enfin la vive reconnaissance que lui, évèque, conserverait à jamais de son acceptation. Tout fut inutile : l'homme de Dieu remercia le cardinal de sa bienveillance, lui exposa qu'attaché, comme il l'était depuis tant d'années, à l'Église de Genève, il voulait d'autant moins s'en séparer qu'elle était plus pauvre; que le fardeau de ce diocèse pesait déjà trop sur ses épaules, et que, s'il le quittait, ce serait pour n'en plus prendre un autre ; que d'ailleurs il penchait vers la vieillesse et en ressentait les incommodités accompagnées de maladies fréquentes. <( Le diocèse de Ge- « nève, dit-il, est la portion de la vigne que Dieu m'a appelé à « cultiver; je ne peux y renoncer sans exposer mon salut. On « ne se donne pas à l'Église pour faire une grande fortune, <c mais pour défricher le champ assigné par le père de fa- « mille ^. » Le cardinal fut donc obligé de se désister, et François demeura avec bonheur dans sa modeste position. « Que mon cœur me fit hier un grand plaisir ! disait-il lelen-

î Esprit de saint François de Sales, IV* part., sect. vi. > JJép. du marquis de Lullin,

3 Année de la Visitation, 17 awil. -^ Esprit de saint François de Sales, IV* part., sect. vi.

(( demain à son ami le président Favre. Non seulement je « n'eus pas un regard de complaisance pour les grandeurs » qu'on m'ofîrait, mais je les méprisai, comme si j'eusse é(é « au moment de la mort, où le monde entier ne semble que « fumée. On me dit, ajouta-t-il, qu'il me serait utile d'être « plus riche; mais je suis aussi riche qu'aucun évéque de « France. Ceux qui ont davantage dépensent davantage, el au « bout de l'an eux et moi nous sommes égaux *. »

Les illusions de la gloire ne l'éblouirentpas plus que Féclal des richesses. Entouré des applaudissements de tout ce qu il y avait de plus grand à Paris, honoré de la cour et de toutes les classes de la société, qui le révéraient comme un saint et le proclamaient le plus savant et le plus éloquent prédicateur de son siècle, il se tenait toujours dans l'humilité : plus on Texaltait, plus il s'abaissait à ses propres yeux et rougissait devant le Seigneur de son néant et de ses misères. L^opinioQ des hommes n'était, à son sens, qu'une déplorable vanité, les grandeurs du monde que petitesse, tout ce qui passe qu'illusion, et il gémissait de voir comment des âmes immortelles se laissent séduire par des biens si faux. « 0 Dieu ! écrivait-il à <i madame de Chantai^, qu'il vaut mieux être pauvre en la mai- « son de Dieu que d'habiter dans le palais des rois! Je fais ici « le noviciat de la cour, mais jamais je n'y ferai profession... « La cour est le rendez- vous de toutes les délices du monde, « l'écho de toutes ses maximes, double raison pour que je Fa^ « horre. Grâce à Dieu , j'ai appris à la cour à être plus simple « et moins mondain. Se pourrait-il faire qu'après avoir consi- « déré la bonté etl'éternité de Dieu, nous pussions aimer celle «< misérable vanité du monde!... L'autre jour je préchai de- « vaut la reine; mais je ne prêchai ni de meilleur cœurdevanl (( ces princes et ces princesses que dans notre pauvre petite « Visitation d*Annecy... La reine m'a comblé de bonté, mai?

1 Dép. de la mère de Chaugy. — Charl.-Aug., p. 525 et 526.

s I^ettre cdxcii*. -^Esprit de saint François de Sales, XVII* p., seci- vu.

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