UV. VI. — SON DÉPART DE PARIS
« je n*en suis point plus glorieux. La vue des grandeurs du « monde relève dans mon esprit la grandeur des vertus chré- « tiennes et me fait estimer davantage les mépris. Quelle dif- « férence entre cette réunion d*intrigantSy car la cour n*est « pas autre chose, et la réunion d'âmes religieuses qui n*ont « d autre prétention que d'aller au ciell Oh! si nous savions u en quoi consiste le vrai bien * ! »
Cependant le prince de Piémont songea au retour dans sa patrie, et tous ceux de sa suite durent se préparer à partir avec lui.
Ce départ fut une vraie douleur pour les amis de Tévêque de Genève : personne toutefois ne le regretta autant que deux daines illustres, d'un mérite plus haut encore que leur position sociale, madame Phelippeaux, comtesse de A^ille-Savin, et la présidente de Lamoignon. La première, non moins remarquable par son exactitude à tous les devoirs de la piété que par son zèle pour les intérêts de la religion, le pleura comme son ange conducteur dans les voies du ciel : c'est de lui, disait-elle, que j'ai appris à servir Dieu à la franche gau' loise, c'est-à-dire avec simplicité, rondeur et sans scrupule. La seconde, vraie héroïne de son siècle par son amour pour Dieu, par sa charité envers les pauvres, par son dévouement éclairé pour l'éducation de ses enfants, auxquels elle tenait à laisser, comme principal héritage, d'une part l'exemple de ses aumônes, de l'autre une foi vive des maximes évangéliques, ■s'affligea de perdre un modèle achevé de perfection qu'elle s'estimait heureuse d'avoir sous ses yeux pour travailler à s'y rendre conforme : car elle trouvait dans François de Sales le type de la plus haute sainteté, relevée par des manières si affables et si polies, qu'elle avait coutume de dire que, « quand « M. de Genève ne serait pas un grand saint comme il l'était, « ce serait encore l'homme le plus honnête et le plus civil « qu'elle connût. » Aussi, au moment du dernier adieu, elle
^ Lettre cdlxxiv.
fondit en larmes avec toute sa famille. L'évêque essaya de se contenir; mais, la présidente s'étant plainte qu*il les quittait avec indifférence, son cœur s'attendrit, et, selon le conseil de TApôtre, il pleura avec ceux qui pleuraient.
S'étant ensuite mis en route, il suivit à Angoulème le prince de Piémont, qui voulait aller y rendre ses hommages à Marie de Médicis, brouillée avec le roi son fils pour des raisons d'État qu'il n'est pas dans notre sujet de rapporter; et il y fut comblé des bontés de la reine mère, qui se rappela l'avoir connu lors de son premier voyage à Paris, sous le règne de Henri IV; puis, étant revenu à Amboise, où était toute la cour, il reprit le chemin de la Savoie avec les nouveaux époux et toute leur suite, en passant par Bourges, Moulins et Lyon; itinéraire heureux qui lui donna lieu de visiter toutes les maisons de son ordre fondées dans ces villes. Lorsqu'il fui à Bourges, il conduisit dans les maisons religieuses la princesse dont il était l'aumônier; mais H ne voulut jamais la présenter à la Visitation ; et quand ses filles, frustrées dans leur attente, lui en firent reproche : « Je veux, leur dit-il, vous ap- « prendre à être humbles, cachées, et pleinement détachées « de toutes les vaines curiosités de la terrée »
Arrivé à Lyon, il reçut la visite de deux gentilshommes réduits à une pauvreté si extrême, qu'ils n'avaient que des haillons pour vêtements; et, quoiqu'il ne lui restât que très peu d'argent, il leur fit acheter des habits convenables à leur condition^. Un autre personnage, attiré par la réputation de sa douceur, touché par la lecture de V Introduction à la vie dévote, vint, d'une distance de quatre-vingt-seize lieues, lui demander de le confesser dans un lieu secret où personne ne pût le voir ni le connaître. C'était le soir, après la chute du jour : François, accablé d'afl'aires, le prie de remettre l'entre\nie à un autre moment; l'étranger insiste et déclare au
1 Histoire de la fondation de Bourges.
2 Dép. du chanoine Gard,