LIV. \I. — SA CHARITE DESINTERESSEE
saint prélat qu'il sera responsable de son âme et de son éternité^ s'il ne Texauce à Tinstant même. Les amis de François s'effrayent et soupçonnent dans cette manière de procéder la rase de quelque hérétique qui en veut à ses jours; mais rhomme de Dieu, qui ne connaît pas la peur, lui assigne pour l'entendre le parloir de la Visitation, et s'y rend aussitôt. L'étranger arrive, ferme la porte aux verrous, coupe le cordon de la sonnette pour n'être pas dérangé dans l'action qu'il veut faire, prie l'évêque de s'asseoir, tombe à ses genoux, lui fait pendant quatre heures sa confession générale, et, après l'avoir terminée, il sort, monte promptement à cheval et disparaît sans qu'on ait jamais su depuis qui il était <.
François se rendit de là à Grenoble, où monseigneur de Lacroix, coadjuteur de cette ville, lui réservait l'honneur de bénir la* première pierre du monastère de la Visitation, récemment fondé dans cette capitale du Dauphiné; mais telle fut son humilité, qu'il refusa cet honneur et ne voulut être, dans la cérémonie, que l'assistant de l'évêque. On l'invita à prêcher, et, comme il ne refusait jamais la parole de Dieu, il développa, dans un langage touchant, la nécessité de travailler à la construction spirituelle et matérielle des maisons de Dieu, qui sont nos âmes et les églises^.
De retour à Annecy, il prouva à tous qu'il était revenu de la cour plus détaché qu'il n'y était allé : car, ayant trouvé le pays désolé par la famine, il fit distribuer des grains et des aumônes en proportion des besoins, ordonna aux confesseurs de prendre soin des pauvres honteux; et, là où les secours dont on pouvait disposer ne suffiraient pas, de réclamer pour eux les largesses des riches^. Sur ces entrefaites, son économe lui ayant présenté l'état des revenus de l'évêché pendant
i Dép. de Favre, — Charl.-Aug., p. 528. — Dom Jean de Saint-François, p. 505 et suiv. Cet auteur affirme que c'était un général d'ordre. » Année -de la Visitation, 21 octobre.
' Dép. de Favre et du chanoine Gard,
Tannée de son absence : « Je n'en puis rien toucher, répon- « dit-il, je ne Tai pas gagné ; » et il en fit faire six chandeliers avec une lampe d'argent et des ornements en drap d'or pour la cathédrale * .
Ses officiers ayant, pendant ce même temps, gagné des procès importants contre plusieurs gentilshommes qui voulaient usurper les droits de TÉglise, Téconome, dont les ressources étaient fort restreintes, voulait exiger à la riguear tous les dommages et dépens de la procédure ; jamais le sainl prélat ne voulut le souffrir. « Mais, lui disait Téconome, ces « dépens s'élèvent à une somme considérable. — Et comptez- « vous pour un petit gain, reprit-il, de gagner des cœurs que « ces procès ont rendus peut-être mes ennemis; moi, je le i< compte pour tout. Je suis père, je dois les traiter comme « mes enfants. Je veux que vous alliez les trouver et leur « dire de ma part que je les tiens quittes du passé qu'ils me « doivent et des dépens du procès, à la seule condition qu ils « reconnaîtront pour l'avenir, comme je les en prie, les droits « de Tévéché constatés par la sentence du sénat. » Il fallut donc que l'économe se mit en route, qu'il allât trouver tous ces gentilshommes, apaiser leurs mécontentements, tirer d'eux l'engagement que demandait Tévéque, et les déclarer quittes pour tout le passé; ce qui demanda quinze jours de négociations et de voyages*.
Telle était, toujours la noble conduite de François envers ceux qui perdaient quelque procès contre les officiers de l'évéché : ils venaient lui demander la remise des amendes auxquelles ils avaient été condamnés, et il leur en faisait grâce. Un jour que Rolland , son économe, lui représentait que la somme dont il avait fait condonation eût été nécessaire à Tentrelien de l'évéché, et que, si cela continuait, il serait obligé de se démettre de l'économat, que sa trop grande bonté ren*
ï Charl.-Aug., p. 529. — Doni Jean de Saint-François, p. 484. a Charl.-Aug., p. 529.