‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 127 sur 292 · LIV. VI. — SOiN DÉTACfflSMENT · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SOiN DÉTACfflSMENT

souvent; et, en réponse, il lui disait les dispositions de son cœur, qui, détaché de tout, ne voulait que la plus grande gloire de Dieu : «Que la providence de Dieu, luiécrivail-il\ «( me fasse changer de séjour ou qu'elle me laisse ici (car cela « m'est tout un), ne sera-ce pas mieux pour moi de n'avoir « pas tant de charge, afin que je puisse nn peu respirer sous « la croix de Notre-Seigneur et écrire quelque chose pour sa « gJoire? Cependant nous écouterons ce que Dieu ordonnera; « je ne veux rien que sa plus grande gloire, qui doit prévaloir « par-dessus toutes me3 affections. Je me tâte partout pour « voir si la vieillesse ne me porte point à l'humeur avare, et « je trouve au contraire qu'elle m'affranchit de souciis et me « fait négliger, de tout mon cœur et de toute mon âme, « toute chicheté, toute prévoyance mondaine et défiance « d'avoir besoin. Plus je vais en avant, plus je trouve le monde t haïssable, vain, injuste; plus mon âme sent le désir très «ardent de n'estimer rien que l'amour de Jésus crucifié; et «je me sens tellement insensible aux événements de ce « monde, que rien ne me touche presque. La seule gloire de « Dieu, manifestée par mon supérieur le Pape, me peut ôter « de Genève^. »

D'un autre côté, le projet de la coadjutorerie de son frère Jean-François, dont le concours lui faisait espérer une vie moins agitée, marchait heureusement. Le saint évéque écrivait en mars à madame de ChantaP : « La coadjutorerie s'en va « élre tout arrêtée et accomplie avec tant de faveur que rien tf plus. » Et, au mois de mai, il lui apprenait la nomination officielle du coadjuteur et la demande des bulles adressée à Rome^ : « Voilà mon frère évoque, lui mandait-il; cela ne « m'enrichit pas, il est vrai; mais cela m'allège et me donne « quelque espérance de me pouvoir retirer de la presse :

' Lettre dx".

* Lettre dxix«.

» Lettre dxi*.

* Lettre Dxix*".

« cela vaut mieux qu'un chapeau de cardinal. » C'était là, en effet, sa grande préoccupation : il voulait quitter son évèché pour vivre dans la retraite, laisser tous ses revenus k son frère le coadjuteur, et ne se réserver pour lui que quinze cents francs de rente, prétendant que c'était assez pour se nourrir et se vêtir, et que le surplus serait du superflu qu'il valait mieux ne pas avoir.

La joie que lui inspirait Tespérance de sa retraite fut cruel* lement troublée par une nouvelle qu'il apprit alors : il avait un ami qui lui était cher ; et cet ami, ^postasiant la vraie foi, se fit calviniste et passa en Angleterre. Au récit de cette défection, son cœur fut navré * ; il pleura amèrement un ami perdu : « De ma vie, écrivait-il, je n'ai eu si fâcheux étonnement. » Il gémit sur la facilité de l'esprit humain à s'égarer quand il se soustrait à l'autorité qui doit le conduire : « 0 vanité de l'espiit c( humain qui se confie en soi-même! ohl que les hommes sont « vains quand ils se croient eux-mêmes! Mon ami, qui ne « trouvait pas assez bien prouvée l'autorité ecclésiastique du « Pape sur les chrétiens, est allé se ranger sous l'autorité ecclé- <( siastique d'un roi, dont l'Écriture n'a jamais autorisé la puis- « sance que pour les choses civiles. » Enfin il s'émut sur le sort de l'Angleterre tout entière, comme il s'était ému autrefois en apprenant l'accueil fait par Jacques I""' à son Traité de Vamour de Dieu, « J'ai une inclination particulière à cette « grande île et à son roi, écrivait-il, et j'en recommande inces- « samment la conversion à la divine Majesté, mais avec conte fiance que je serai exaucé, ainsi que tant d'âmes qui sou- « pirent pour cet efTet*. »

A la peine de cette défection s'ajouta dans l'âme du saint évêque une autre douleur peut-être non moins sensible : il apprit de fâcheuses nouvelles de l'abbaye de Sixt, où, à force de sollicitudes, il croyait avoir rétabli l'ordre et la paix. Dès

i Lettres dxlii* et dxlv®.

s Charl.-Aug., p. 549.

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