‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 139 sur 292 · UV. VI. — CHAPITRE DES FEUILLANTS · texte numérisé non relu

UV. VI. — CHAPITRE DES FEUILLANTS

« dit que je n'ai plus longtemps à vivre *. » Et à ces deux infirmités se joignaient de fréquentes et violentes douleurs de tête, de reins et d'estomac. « Mais, disait-il , il faut que beau- ^ coup de maux viennent en avant pour annoncer le dernier « des maux, qui est la mort : » Midta mala deberU prœcurrare ut exlremum malum valeani nuntiare ^.

Néanmoins il ne changea rien à ses habitudes et à ses travaux; il ne retranchait rien des fatigues de son ministère; et cet état de souffrance ne Tempêchapas d'aller jusqu'à Thonon traiter une affaire importante. Quand on le pressait de se ménager : <c Ne faudra-t-il pas mourir bientôt? répondait-il; « quelques années de plus ou de moins, ce n'est rien. » Au milieu de ses douleurs, c'était toujours la même sérénité de visage, la même amabilité dans tous les rapports, la même rigueur pour son corps, jusque-là qu'il aima mieux endurer le froid, qui fut extrême au commencement de 1622, que de se laisser faire des habits neufs pour remplacer les vêtements de dessous, qui, étant tout usés, le garantissaient mal de Tâpreté de la saison ^. Ce dénûment lui plsdsait comme un caractère de ressemblance avec Jésus-Christ pauvre, et comme un moyen de secourir un plus grand nombre de malheureux, lesquels étaient alors d'autant plus à plaindre, que la récolte précédente avait été très mauvaise et que la Savoie était couverte de troupes. C'était enfin dans ce saint évêque une disposition de plus en plus parfaite à se sacrifier tout entier pour son devoir; et, Grégoire XV lui ayant, quelques mois après, donné par un bref la mission de présider en son nom au chapitre des Feuillants, qui devait se tenir à Pignerol, il se disposa à partir aussitôt, n'estimant pas que le respect pour le saint-siège permît le moindre délai dans l'exécution de ses ordres. En vain ses parents et ses amis lui représentèrent que sa santé affaiblie ne lui permettait pas ce voyage, surtout parles

* Charl.-Aug., p. 554.

^ Dom Jean de Saint-François, p. 455.

3 Charl.-Aûg., p. 553.

chaleurs excessives qui régnaient alors (on était au 22 mai), il se contenta de leur répondre : « Il faut obéir : Dieu ne m'a « pas trouvé digne de mourir pour la foi parmi les héré- « tiques, ni pour la charité parmi les pestiférés; ne serais- je « pas bienheureux si je mourais pour l'obéissance? Je n'ai « plus que peu de temps à vivre, il faut me hâter de bien .< faire; or je ne peux rien faire de mieux que d'obéir *. » Il partit donc sans retard, et arriva promptementlàoù le devoir l'appelait.

L'affaire que la cour de Rome lui confiait était des plus délicates : les Feuillants ne pouvaient s'entendre sur l'élection d'un général, ainsi que sur plusieurs autres points, et il fallait les mettre tous d'accord. Pour cela il écouta avec douceur et patience tout ce qu'on avait à lui dire, et donna sur chaque chose des réponses si raisonnables et si solides, accompagnées de tant de bonté et de ménagements, que tous en étaient dans l'admiration ^ ; il traitait chacun avec grand honneur et respect, se prêtait aux plus petits détails avec la même bienveillance qu'aux plus graves affaires, et réglait tout avec le même zèle, éclaircissant les sujets de contestation les plus embrouillés, trouvant des remèdes pour les maux les plus désespérés, apaisant toutes les plaintes et satisfaisant tons les esprits d'une manière si remarquable , que l'homme le plus éminent de cet institut ^, parlant de la manière dont il avait rempli sa mission en cette circonstance, disait hautement dans la suite « qu'il y avait fait admirer tout ensemble et un esprit « supérieur, habile à examiner les plus graves affaires, à les « peser mûrement, à les résoudre sagement, et une bonté c< d'àme incomparable, et un savoir profond , et une abon- « dance rare de lumières surnaturelles. » Grâce à cette prudence consommée, à ce grand art de manier les esprits, il triompha de toutes les difficultés; les Feuillants lui obéirent

1 Année de la Visitation, 22 mai.

s Charl.-Aug., p. 564.

3 Dom Jean de Saint-François, liv. VI.

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