‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 144 sur 292 · LIV. M. — SON TESTAMENT · texte numérisé non relu

LIV. M. — SON TESTAMENT

voyait la volonté divine dans des ordres de son prince, et il espérait d'ailleurs obtenir de Louis XIII quelques avantages pour la partie de son diocèse enclavée dans le royaume de France; ces deux considérations prévalurent sur toute autre. « Il faut aller, dit-il, où Dieu nous appelle, nous irons tant « que nous pourrons, et nous nous arrêterons quand la ma- « ladie ne nous permettra plus d'aller ^ » Cependant il prévoyait clairement qu'il ne reviendrait pas; et en conséquence il mit à toutes ses affaires un ordre aussi complet que s*il eût été à la veille de sa mort. Le 6 novembre, ayant rassemblé l'évéque de Ghalcédoine, ses autres frères et plusieurs de ses amis, il leur dit naïvement que Tbeure du départ approchait. Ceux-ci interprétant ces paroles de son départ pour Avignon : « Ce voyage, ajouta-t-il aussitôt, sera suivi d'un autre; c'est « pourquoi je vous ai convoqués afin de vous lire mon testa- <( ment. » A ces mots tous fondirent en larmes ; le saint évêqae essaya de modérer ce premier accès de douleur par quelques paroles de consolation ; puis leur lut son testament, conçu en ces termes^ : « Nous François de Sales, par la « gràeede Dieu et du saint-siège apostolique, évèque et prince «de Genève, voulant faire savoir à tous ceux qu'il appar- « tiendra notre dernière volonté, prions, premièrement. Dieu « tout-puissant de recevoir notre âme à merci et de lui faire « part de l'héritage éternel que notre Rédempteur nous a «acquis par son sang; secondement, nous invoquons la glo- « rieuse Vierge Marie et tous les saints, pour qu'ils implorent « pour nous en notr^ vie et en notre mort la miséricorde de «Dieu; troisièmement, s'il plaît à la Providence divine que « la très sainte, unique et véritable religion catholique et « romaine soit rétablie en la cité de Genève lors de mon tré- « pas, nous ordonnons qu'en ce cas notre corps soit enterré « en notre église cathédrale; que si elle n'y est pas encore

> Charl.-Aug., p. 560.

* Année de la Visitation, 6 novembre. — Charl.-Aug., p. 583.

« rétablie, nous ordonnons qu*il soit inhumé au milieu de la « nef de Téglise de la Visitation d'Annecy, que nous avons « consacrée, à moins que nous ne mourions hors de noire « diocèse, auquel cas nous laissons le choix de notre sépul- « ture à ceux qui pour lors seront à notre suite; quatrième- <( ment, approuvant de tout notre cœur les sacrées cérécnomes <( de rÉglise, nous ordonnons qu*à notre enterrement treize « cierges seront allumés au haut de notre cercueil, sans autre « écusson que ceux du nom de Jésus, pour témoigner que de « tout notre cœur nous embrassons la foi prèchée par les « apôtres; mais d'sdlleurs, détestant les vanités et superce fluités que l'esprit humain a introduites dans de telles céré* <( monies, nous défendons très expressément toute sorte d'au- « très luminaires être employée à nos obsèques, priant nos « parents et amis, et ordonnant à. nos héritiers de n'y rien « ajouter et d'exercer leur piété envers nous à- faire célébrer « le très adorable sacrifice de la messe. »

Le lendemain 7 novembre, Thomme de Dieu employa toute là matinée à faire la revue de sa conscience par une confession exacte, et Taprès-midià confier à Tévéque de Chalcédoine tous les papiers importants et les règlements relatifs au bon ordre du diocèse; après quoi, paraissant tout joyeux : « Vrai- « ment, dit-il, il me semble, par la grâce de Dieu, que je ne « tiens plus à la terre que du bout du pied, car Tautre est « déjà levé en Tair pour partir'. » Sur ces entrefaites, un gentilhomme français étant venu, pressé par le besoin, lui de> mander l'aumône, et promettant, après Tavoir reçue, de lui rendre la même somme d'argent : « Hàtez-vous donc vite, « reprit-il, autrement Féternelle majesté me la rendra bientôt « pour vous; car j'espère que dans peu de temps nous serons <c en état, vous et moi, de n'avoir plus besoin de rien. » Et, en effet, au bout de deux mois, le gentilhomme et l'évêque de Genève n'étaient plus^.

1 Année de la Visitation, 7 novembre.

2 Charl.-Aug., p. 565.

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