‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 145 sur 292 · LIV. VI. — SES ADIEUX ET SON DÉPART D*ANNECY · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SES ADIEUX ET SON DÉPART D*ANNECY

Le 8 novembre, François reçut les adieux de ses parents et de ses amis, qu*il salua comme ne devant plus les revoir. « Peu importe, leur dit-il , que je meure hors de mon pays, « pourvu que je meure bien. Je m'en vais à Noire-Seigneur, » dit-il à un de ses curés qui était venu lui demander sa bénédiction avant son départ, <c nous ne nous verrons plus en ce « monde. — 0 monseigneur! dit le curé, quand je considère « votre visage et votre santé, je ne désespère pas de vous re- « voir encore. — Oui, Monsieur, reprit le saint évoque, vif ou « mort vous me reverrez dans trois mois. » Ce qui se réalisa en effet; car trois mois après on apportait ses restes à Annecy*.

Les chanoines étant venus en corps lui dire adieu, il les embrassa tous avec cette affection très tendre qu'il avait eue constamment.pour eux, leur déclarant qu'il partait pour Avignon et pour Téternité, qu'il s'en allait pour ne plus revenir : « Ce a voyage me coûtera la vie, dit-il au père Anselme, Gordelier « de ses intimes amis, et désormais nous ne nous reverrons « plus qu'en paradis ; mais il faut être obéissant comme notre « Maître, jusqu*à la mort de la croix ^. »

Il était d'autres adieux qui tenaient encore plus au cœur du saint prélat : c'étaient les adieux à ses chères fiUes de la Visitation '. Il alla offrir le saint sacrifice dans leur chapelle avec une magnifique chasuble qu'il tenait de la munificence de l'infante de Savoie, et il la leur laissa comme souvenir : « Car, « leur dit-il, quand les amis se quittent, ils ont coutume de « se faire des présents. » Il leur adressa ensuite des paroles toutes saintes, leur disant qu'il ne lui restait plus que le ciel, et leur recommandant surtout l'humilité, la simplicité, l'obéissance : « Mes chères filles, leur dit-il encore, ne de- « mandez rien et ne refusez rien; soyez toujours disposées à « ce que Dieu et l'obéissance voudront de vous. Que votre seul

1 Charl.-Aug , p. 561.

* Année de la Visitation, 8 novembre. — CharL-Aug., p. 561.

' Idem, 9 novembre.

« désir &oit d*aiiner Dieu ; votre seule ambition, de le posséder. « Adieu, mes filles, jusqu'à rétemité. — Monseigneur, s'écrie» (( rent les Religieuses tout en larmes, Dieu tous ramène parmi « nous ! — Et, s'il ne lui plait pas de me ramener, répondit- « i), faudra-t-il moins le bénir? Son bon plaisir est toujours ce également aimable. » Le cœur du saint évéque s'attendrit surtout quand il vit, au sortir de la maison, la vertueuse tou* riëre Anne-Jacquelinè Goste, prosternée à ses pieds, le priant avec larmes de la bénir : « Ma fille, lui dit-il, j'ai fait bien d'au- « très voyages ; je ne vous ai jamais vue pleurer à mon départ. « Pourquoi étes-vous si affligée aujourd'hui? — Ah ! répondit- « elle, c'est que le cœur me dit que ce voyage sera le dernier, « et que nous ne vous reverrons plus. — Et à moi, répondit (< François par un esprit prophétique sur la mort prochaine « de la tourière, le cœur me dit que, si je ne reviens pas, « nous nous reverrons plus t6t que vous ne pensez^ ! »

Après avoir ainsi fait ses adieux, François partit le 9 novembre, laissant sa maison et toute la ville dans le deuil et les lar* mes. L'évéque de Ghalcédoine se jeta à ses genoux au moment où il allait monter à cheval, ne pouvant parler que par ses soupirs et ses sanglots, et reçut ainsi le dernier baiser de son saint frère. Les principaux du clergé et delà ville voulurent l'accompagner jusqu'à Seyssel, où il devait s'embarquer sur le Rhône; et, quand on fut arrivé en cette ville, le moment de mettre le pied dans le bateau étant venu, ce ne furent de leur part que cris et lamentations, chacun regardant ce moment comme celui de la dernière séparation ; car tous croyaient à la véracité des prédictions qu'il avait faites de sa mort prochaine^. <x Vous reviendrez, leur dit-il, au-devant de moi dans quelque m temps, ici même où je vous fais mes adieux; » ce qui se trouva vrai, puisque ce fut là qu'ils vinrent, deux mois et demi plus tard, recevoir ses dépouilles mortelles; et, après

1 Année de la Visitation, 10 novembre, a Charl.-Aug., p. 562.

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