UV. VI. — SON SÉJOUR A AVIGNON
pagnaient dans les rues et les places, baisaient le bas de son manteau, demandaient sa bénédiction : et on entendait dire partout sur son passage : « Voilà le saint évêque de Genève, « Tapôtre du Ghablais; voilà celui qui a composé Vlntroduc- « tion à ta vie dévote et le Traité de r amour de Dieu; voilà « le grand François de Sales, le fondateur de la Visitation , « Fauteur de tant de miracles! Quel bonbeur de le voir! « quelle grôce Dieu nous fait de le posséder ^ ! » Ce concert de louanges et d'acclamations confondait Tbumble prélat; et, pour s*y soustraire, il résolut de ne sortir que le moins possible. Une fois même, ne pouvant soufTrir ces cris publics de louanges, il entra chez un libraire comme pour y regarder des livres. » Hélas I s'écria-t-il, ce qu'a dit Salomon « est bien vrai : Vanité des vanités! Si je me croyais, je « ferais des actions ridicules pour détromper ce peuple; mais « il faut vivre dans la sincérité chrétienne, ne faire ni le fou « ni le sage, ne rien faire pour être loué ou méprisé, mais agir « simplement et finalement pour Dieu, notre divin maître. » D'autres fois, en pareilles rencontres, il disait, les larmes aux yeux : « Ah! mon Dieu, ce n'est pas à nous, c'est à vous seul « que toute gloire appartient^. »
Pendant tout le temps que François demeura à Avignon, il ne s'occupa que de choses saintes. Le lendemain de son arrivée, toute la ville était sur pied pour voirl'entrée triomphale de Louis XIII, revenu victorieux de la prise de Montpellier sur les protestants rebelles, et accompagné des reines Marie de Médicis et Anne d'Autriche. On se pressait dans les rues et aux fenêtres pour jouir de ce magnifique spectacle, où Avignon avait déployé toutes ses pompes et la cour toutes ses splendeurs. Au milieu de cet entraînement général, le saint évêque, à genoux dans sa chambre, conversait avec le ciel et priait, sang se permettre seulement un regard sur le cortège qui pas-
ï Charl.-Aug., p. 563.
^Dép, de Rolland, qui raccompagnait. — Année delà Visitation, 16 novembre.
sait sous sa fenêtre; on lui proposa de venir voir au moins un instant une fête si magnifique. « Je vous laisse la place, à « vous autres, qui êtes encore de ce monde, leur dit-il; pour « moi, je n*en suis plus, je m'en vais à mon Père qui est aux. « cieux : il faut que je travaille à son œuvre, pour lui rendre « bon compte ^ »
Constant dans cet esprit de détachement, il n'alla aux fêtes de la cour que le moins qu'il put, n'eut de rapport avec les grands que pour les intérêts de la religion, et ne les reçat chez lui que pour leur parler de Dieu et de leur salut ^. U passa la journée du 19 novembre chez les Jésuites; et U, après avoir dit la messe, il prolongea tellement son oraison, qu'on crut qu'il allait y passer toute la matinée , si on ne le suppliait de se rendre aux vœux des Religieux, qui voulaient prendre ses conseils sur plusieurs choses. Un Père se chargea donc de l'avertir, et le saint évêque se leva aussitôt en disant : « Voyez-vous, mon Père, l'oraison est ce qui m'est le plus « utile et le plus doux ; par cette communication de cœur, u j'apprends chaque fois quelque chose de bon, pour me Tap- « pliquer à moi-même. » Après le dîner, les Pères se partagèrent la grâce de son entretien jusqu'à l'heure où il lui fallut se rendre auprès du prince; etalorè, se retirant promptement, il dit au Père recteur qui l'accompagnait ces paroles, qai montrent bien dans quelles dispositions saintes il allait à la cour : c( Oh! que j'aime mieux une grande heure d'entretien (( spirituel avec une bonne âme, que la vue de toutes les coriou sites de la terre! Adieu mon cher Père, ajouta-t-il avec un « profond soupir, nous allons au ciel ; et bientôt toute la terre « sera sous nos pieds ^. »
Les jours suivants, il dit la messe en diverses communautés qui offraient un intérêt spécial à sa piété; ce fut d'abord chez les Pères de la Doctrine chrétienne : et là, Testime profonde
* Année de la Visitation, 17 novembre.
2 Ibid.f 18 novembre.
3 Ibid., 19 novembre.