‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 149 sur 292 · LIV. M. — SON SÉJOUR A AVIGNON · texte numérisé non relu

LIV. M. — SON SÉJOUR A AVIGNON

dont il était pénétré pour le vénérable César de Bus, leur fondateur, mort quinze ans auparavant, lui fit refuser les ornements noirs que lui avait préparés le sacristain; il ne voulut célébrer qu'avec des ornements blancs devant le corps de Thomme de Dieu. « Je veux dire la messe des Confesseurs, « dit-il, le vénérable César de Bus est un saint; je vais remera cier le Seigneur des gr&ces qu'il lui a faites. » Au couvent de Sainte-Praxède, il prêcha sur les vertus de sainte Cécile, dont on faisait la fête ce jour-là, et prédit aux Sœurs que dans peu elles auraient près d'elles un monastère de ses chères filles de la Visi talion. Chez les Céleslins, qu i conservaien t les reliques du bienheureux cardinal Pierre de Luxembourg, il prononça le panégyrique de ce saint personnage, sans autre préparation que Toraison faite au pied de son tombeau, et il eût voulu rester tout le jour dans l'église. « Laissez-moi, disait-il à « ceux qui l'invitaient à se retirer, laissez-moi un peu auprès « de cet illustre maître. Je n'ai jamais rien lu qui m'ait donné « autant de confusion sur ma vocation ecclésiastique que la « vie de ce jeune cardinale » Il alla de là à Tarascon vénérer les reliques de sainte Marthe, et il eût voulu encore aller jusqu'à la Sainte Beaume pour visiter la pieuse solitude de sainte Madeleine; mais le cardinal de Savoie, qui accompagnait le doc son père, ne voulut pas le lui permettre, lui disant que son cœur était une Sainte-Beaume où il était toujours solitaire, et qu'il fallait à tout moment se tenir prêt à partir avec la cour 2.

En effet, le duc de Savoie avait atteint le but de son voyage; il avait conféré avec le roi dans plusieurs entretiens secrets, et il lui avait fait présent, en témoignage de son dévouement, de quatre magnifiques chevaux, d'une épée et d'un bouclier garni de diamants et d'autres pierres précieuses; le roi, de son côté, l'avait accueilli comme un frère et l'avait invité à

* Année de la Visitation, 24 novembre.

» Ibid., 23 novembre.

raccompagner à Lyon. Les deux cours de France et de Savoie partirent donc le 25 novembre, et François se mit en route à leur suite. Deux gentilshommes calvinistes s'étant trouvés en voyage avec lui, il les accueillit avec son aimable douceur, et demeura le plus qu'il put dans leur compagnie pour tâcher de les éclairer et de les toucher. Arrivés au Pont-Saint-Esprit, ces gentilshommes racontèrent ce qu'ils avaient vu et admiré en lui, et bientôt ce ne fut plus qu'un cri parmi tous les calvi* nistes de la ville : « Si tous les évéques étaient comme celui-là, « disaient-ils à son passage dans les rues, nous serions bientôt « tous catholiques, et c*en serait fait de la religion de Luther « et de Calvin^ I » A quelque distance de là, arrivé pour passer la nuit à une hôtellerie où tous les lits étaient retenus, on voulut faire connaître qui il était; il le défendit : « Eh! mon Dieu, (c dit-il, ne savez-vous pas que je suis un homme de paix ? n*ai-je « pas dans ma vie causé assez d'embarras sans en donner de « nouveaux?» Et il se retira dans un grenier, se coucha tout vêtu sur la paille, malgré ses incommodités et rexlrérae rigueur du froid. Le matin, deux Jésuites, qui avaient reposé dans de bons lits à Thôlel, apprenant cet incident, s^empressèrent de venir lui dire combien ils étaient afQigés qu'on ne les eût pas avertis de son arrivée, et de quel cœur ils lui eussent cédé leur place : « Je ne Tai pas voulu, leur répondit-il, et « vraiment je suis redevable à cette circonstance d'une très « bonne nuit; et je n'ai jamais mieux dormi*. »

A son arrivée à Valence, les habitants se précipitèrent sur ses pas en si grande foule, qu'il eut peine à gagner l'hôtellerie où il devait descendre. On le logea d'abord dans une bonne chambre ; mais, une dame étrangère, qui arriva quelque temps après lui , ayant voulu avoir cet appartement, le charitable évèquele luicéda, et passa dans une autre chambre fort incommode. <( Établissons- nous ici, dit-il à ses gens; nous y serons

1 Charl.-Aug., p. 564. — Dom Jean de Saint-François, p. 508. » Année de la Visitation, 26 novembre.

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