LIV. VI. — SON PASSAGE A VALENCE
ft le mieux du monde ^ .» Dans cette chambre il ne se trouvait qu'un Lit, il voulut le céder à Georges Rolland, son intendant ; celui-ci n'ayant pas voulu l'accepter : « Au moins, dit Franu eois, vous le partagerez avec moi. » Et, en conséquence, il fit mettre à terre le matelas, les draps et la couverture pour Rolland, ne réservant pour lui que la paillasse, sur laquelle il coucha lout vêtu. Le lendemain, au moment du départ, il fit appeler l'hôtesse pour la payer : (c Elle est occupée, lui « dit-on. — Ne Tincommodez pas, répondit-il ; nous Palten- « drons. » Et comme ses gens s'impatientaient de l'attendre si longtemps à la porte de l'hôtel : « Soyons gracieux, leur « dit-il; nous payons ses biens de notre argent, payons sa « bonne volonté de quelques cordiales paroles. » Enfin, l'hôtesse étant arrivée fort confuse d'avoir fait attendre le saint prélat au milieu de la rue, il lui donna, avec ce qu'il lui devait, plusieurs saints avis pour se sanctifier en son état et y ajouta sa bénédiction^. Au sortir de l'hôtel, l'empressement delà multitude fut le même qu'à Tarrivée; on semblait ne vouloir point le laisser aller, et on le suivit aune grande distance de la ville'.
Aussitôt qu'il fut arrivé à Lyon, un grand nombre de hauts personnages se disputèrent l'honneur de le loger; M. Jacques Olier, intendant de la province, fut des plus empressés à lui offrir la moitié de son hôtel, lequel, étant très vaste et proche le monastère de la Visitation, réunissait toutes les commodités désirables. Les Jésuites vinrent à leur tour le supplier d'accepter leur maison de Saint-Joseph. U répondit à tous qu'ayant prévu la difficulté qu'il y aurait à se loger dans une ville où les deux cours de France et de Savoie étaient réunies, il s'é- Uiit pourvu d*un logement qui ne pouvait lui manquer. On le crut; et alors, dégagé de toute sollicitation importune, inspiré par son amour de la pauvreté et de la simplicité, il alla de-
* HUtoire de la fondation de Valence,
» Ibid.
' Année de la Visitation, 28 et 29 novembre.
mander à ses chères filles de la Visitation une petite chambre 8ituée dans la maison de leur jardinier, et réservée au confesseur du monastère pour les jours où il venait y remplir ses fondions. Les Religieuses lui objectèrent que cette chambre était exposée à tous les vents, qu on ne pouvait y faire de feu sans être incommodé par la fumée, et que sa santé y serait compromise. Sa réponse fut, comme à Tordinaire, que jamais il n'était mieux que quand il n'était guère bien ; que là, étant près d'elles, il serait plus à portée de leur être utile; qu'étant plus éloigné du bruit de la cour, plus humble et plus paisible, il serait plus à même de mener une vie recueillie en Dieu^ et plus accessible à tous ceux qui voudraient lui parler; que là, enfin, il serait heureux de ne donner d^embarras à personne* : (t Hélas! dit-il, j'ai trouvé assez de tracas en cette ville sans (( en occasionner davantage, d H s'établit donc dans cette petite chambre avec bonheur ; et quand ses amis voulurent lui en faire des reproches, il leur répondit, comme aux Sœurs : « Je suis très bien en cette maison pour recevoir les Ames « pécheresses que la Providence m'enverra; je n'y suis pas « moins bien pour mon repos, parce que la petitesse de mon a logement m'exempte du tracas des grandes compagnies^. » On voulut qu'au moins, par égard pour l'état de ses jambes, qui étaient très enflées et très malades, il ne fît pas de longues co urses à pied et qu'il acceptât un carrosse, surtout quand il irait prêcher au loin : « Ah! vraiment, répondit-il^ il ferait « beau me voir aller en carrosse prêcher la pauvreté évangé- « lique et la pénitence de saint Jean! » Et jamais il ne vooiot aller autrement qu'à pied'.
Le saint évèque fut à Lyon ce qu'il avait été partout, Tap^tre infatigable, Thomme du ciel pour qui Dieu et les âmes étaient tout, pour qui le monde et ses vanités n'étaient rien. Pendant que tous les habitants couraient sur le passage des
1 Charl.-Aug., p. 564 et 5fô.
» Année de la Visitation, 30 novembre.
» Charl.-Aug., p. 566.