‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 152 sur 292 · LIV. VI. — IL PRÉDIT LA. VOCATION DE M. OLIER · texte numérisé non relu

LIV. VI. — IL PRÉDIT LA. VOCATION DE M. OLIER

autrefois saint Antoioe au désert. Des grands, des princes mêmes de la cour, venaient dans la pauvre maison du jardinier de la Visitation s'éclairer des lumières de l'homme de Dieu. Entre ces nombreuse visiteurs, un des plus assidus fut rioteodant delà justice, M. Jacques Olier, qui lui avait offert sa maison avec tant d'empressement. François eut bientôt discerné son mérite et se lia avec lui d'une étroite amitié. Ce vertueux seigneur avait alors, ainsi que sa digne épouse, des inquiétudes sur la vocation d'un de leurs enfants, appelé Jean-Jacques. Il l'avait destiné d'abord à Tétat ecclésiastique; mais son caractère violent et emporté, son humeur bouillante, leur faisaient douter qu'il pût être un jour un bon prêtre. On le reprenait sans cesse, on le punissait, on le frappait, et sous les coups son naturel ne faisait qu'empirer et s'aigrir, le mal allait croissant avec l'âge. Dans son inquiétude, madame Olier vint prier le saint évéque d'examiner luimême la vocation de son fils , de consulter Dieu et de la fixer par une réponse qu'elle regarderait comme un oracle du cieL Sur la promesse qu'il lui fit de s'en occuper devant Dieu, elle lui amena, quelques jours après, ses enfants : et, comme il les accueillait tous avec une tendresse égale, les embrassant l'un après l'autre, et les louant tous également : « Monsei- ** gneur, dit la mère, Jean-Jacques, le plus jeune, n'est pas sage « et me donne beaucoup de peine. — Madame, reprit François, « éclairé sans doute d'une lumière prophétique, qui seule peut « expliquer cette réponse , il faut pardonner quelque chose à « la jeunesse : les humeurs gaies ne sont pas les plus mau- <« vaises; j'ai consulté Dieu sur la vocation de cet enfant : soyez « consolée , le ciel l'a choisi pour la gloire et le bien de son '< Église. Dieu, en la personne de ce bon enfant, se pré- « pare un bon serviteur. N'ayez plus aucun doute, changez vos « craintes en actions de grâces; et, si Dieu me laissait encore « quelque temps sur la terre, je vous demanderais de me con- « fier ce cher enfant pour le former moi-même aux vertus et <« aux sciences ecclésiastiques. »

Les visiles st fréquentes que recevait le saint évêque ne lui faisaient cependant négliger aucun devoir. Il était fidèle à rendre ses hommages aux deux cours de France et de Savoie, ainsi qu'aux amis qu'il avait dans Tune et Tautre; et partout il était honoré et vénéré; partout il édifiait, et on recueillait ses paroles comme des oracles. Un jour qu'il s'entretenait avec un Père Jésuite sur l'amour de saint François d'Assise pour les souffrances, l'humilité de saint François de Pauleet le zèle apostolique de saint François-Xavier : « Oui, dit-il « avec cette humeur gaie qui rendait sa conversation si char- « mante, oui, ou il m'en coûtera la vie, ou je serai un jour « un quatrième saint François. » Il fit une réponse à peu près semblable à un vertueux ecclésiastique qui disait en sa présence : <( Voilà trois saints François canonisés : saint François « d'Assise, saint François de Paule et saint François-Xa\îer, il « ne reste plus que saint François de Sales. — Oh ! plût à « Dieu , s'écria-t-il, que je fusse saint * !» Un docteur de Soi^ bonne^ émerveillé d'une longue conférence qu'il avait eue avec lui sur plusieurs points importants, lui ayant dit en se retirant qu'on le tenait partout pour un saint, et qu'il venait lui-même d'en avoir la preuve : « 0 Monsieur! lui répondit- « il, Dieu vous garde d'une pareille sainteté ! Vous vous trom- « pez étrangement aussi bien que les autres : je n'ai qu une (( bonne volonté de servir Dieu , mais vous pouvez contribuer « par vos prières à ce que je sois un saint ^. » Une autre fois, il allait rendre visite à la princesse de Soissons; une dame de la cour l'aborde : « Vraiment, monseigneur, lui dit-elle, si « vous étiez vêtu de rouge, on vous prendrait pour saint « Charles. — En vérité. Madame, reprit-il, il sert peu d'être « vêtu de rouge; mais il serait plus 'désirable d'être un saint « Charles par les œuvres, ne le fût-on pas par les habits *. • Dans tous ses rapports avec les grands, François n'oubliait

i Charl.-Aug., p. 566.

^ Ibid., p. 561).

^ Année de la Visitation, 10 décembre. — Charles.-Aug., p. 556.

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