‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 153 sur 292 · LIV. VI. — SES TROIS DERNfERS JOURS · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SES TROIS DERNfERS JOURS

point les pauvres. Après qu'il avait donné à ceux-ci tout ce qu'il avait, il demandait pour eux aux seigneurs et aux dames de la cour : personne ne le refusait, la vénération qu'inspi* fait sa sainteté ne le permettait pas; et il allait ensuite porter aux pauvres les secours qu'il n'avait pu leur donner d abord. Il allait également annoncer la parole de Dieu partout où on l'invitait; il prêcha le second dimanche de l'Avent chez les Jésuites, le 10 et le 21 décembre dans Téglise de la Visitalion, et la veille de Noël chez les RécoUels, pour la plantation d'une croix. Dans cette dernière cérémonie, où il porta la parole sur l'invitation de Marie de Médicis, il souffrit beaucoup du froid et se sentit incommodé^. Hélas! il li'avait plus que trois jours à vivre, et ces trois jours furent employés à des travaux continuels capables de fatiguer la santé la plus robuste. A minuit, il célébra la messe à la Visitation, donna la communion à toutes les Religieuses, et prêcha sur la naissance du Sauveur avec une ferveur séraphique qui donna à la supérieure, la mère de Bloney, la confiance de liii demander à la sacristie s'il n'avait pas reçu quelque grâce particulière dans cette messe : « Il m'a semblé, lui dit-elle, avoir vu l'archange Ga- « briel à votre côté, au moment où vous avez entonné le Glo- « m in excelsù. — Ma chère fille, lui répondit-il en la regar- « dant gracieusement, j'ai l'ouïe du cœur fort dure aux « inspirations ; j'ai besoin que les anges me parlent à l'oreille <( du corps et qu'ils frappent mes sens d'une sainte mélodie. » Cette réponse ne satisfaisant pas la supérieure, elle insista, et le saint évéque lui dit : C'est la vérité que je ne fus jamais " plus consolé à l'autel; le divin Enfant y a été visible et in- « visible. Pourquoi les anges n'y auraient-ils pas été? Mais « vous n'en saurez pas davantage, il y a trop de gens avec « nous. » Il laissa là le discours et alla confesser le prince et la princesse de Piémont, leur dit, comme leur aumônier, la messe au point du jour chez les Dominicains, et leur distribua

» Charl.-Aug., p. 567.

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la communion ^ Revenant de là en toute hÀte à la YisitatioD, il trouva Taumônier qui allait monter à Tautel. Celui-ci voulut se déshabiller pour lui céder la place : il ne le voulut point permettre, conformément à son principe de ne jamais déranger le prochain et de ne pas se procurer ses aises aux dépens d*autrui. Il dit gracieusement qu'il lui était avantageux d'avoir quelque temps pour se recueillir; et il entendit à genoux, dans un coin de Téglise, les trois messes de Taumônier; de sorte qu'il ne commença la sienne que vers midi *. Après le dtner, où il mangea très peu, il présida la cérémonie de prise d'habit de deux filles de la Visitation et prêcha sur les paroles de 1 epitre du jour : « Abneganles impietatem et sxcularia de- « sideria, sobrie et juste et pie vivamus in hoc sxculo. Renon- <( çons & rimpiété et aux désirs du siècle, pour vivre sobre- « ment, justement et saintement sur la terre... » Après quelques moments de repos, il fit une conférence à ses chères filles, donna audience à de nombreux visiteurs, alla ensuite dire adieu à la reine mère Marie de Médicis, qui partait le lendemain, et ne put, malgré ses excessives fatigues, quitter la cour que bien avant dans la nuit^.

Le lendemain, fête de Saint-Ëtienne, après avoir dit la messe et donné la communion à ses Religieuses, il alla dîner chez un de ses amis, grand vicaire du diocèse et chanoine de Saint- Nizier, traita avec lui plusieurs affaires particulières, et vint

^ Robert Arnaud d'Andilly raconte dans ses Mémoires (à la un de i& I"* part., p. 441, t. XI delan« série de la collection Michaud et Poujoulat, pour servir à Thistoire de France) qu'il communia à cette messe. « Comme ce grand évêque, dit-il, était intime ami de mon père; qu'il « n'aimait, après la mère de Chantai, nulle autre Religieuse plus que b « mère Angélique, ma sœur, et qu'il m'affectionnait très particulière •« ment, jamais rencontre ne me fut plus agréable que celle-là. Il nous • communia, madame de Scneçay et moi, comme les autres, et j'allai " après la messe dans la sacristie pour le voir. Il n'est pas croyable « avec quelle joie il me reçut, et il médit en m'embrassant ces propres - paroles : « Ah! mon fils, je vous ai reconnu in fractione panis, •

2 Charl. Aug., p. 568.

3 Ibid., p. 568. — La Rivière, p. 654.

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