‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 154 sur 292 · LIV. VI. — SON DERNIER ENTRETIEN A LA VISITATION · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SON DERNIER ENTRETIEN A LA VISITATION

à cinq heures du soir faire à ses chères filles son dernier entretien, qui dura environ deux heures. Il leur déclara dès le début qu'il leur parlait pour la dernière fois. <( Mes chères « filles, leur dit-il, il faut s'en aller; je viens goûter pour la « dernière fois la consolation que me donne votre vertu. » Il leur parla ensuite de Tamour divin, leur donna des avis sur ia confession et la communion, sur la différence entre le péché véniel, qui ne peut procéder que de la volonté, et Timperfeclion qui vient de la fragilité et de la surprise , entre la vertu et le sentiment de la vertu. « N'oubliez jamais, ajouta- « t-il, que nous ne devons rien désirer en ce monde que Tunion « de nos âmes avec Dieu; vous êtes bien heureuses, mes « chères filles, car vos règles et tous vos exercices vous por- « tent à cela : vous n*avez qu*à vous y appliquer fidèlement « sans désirer ni rechercher autre chose. » Comme il allait continuer son discours, sans penser à finir^ ses domestiques vinrent le chercher avec des flambeaux allumés, l'avertissant qu'il était tard. <( Je passerais volontiers toute la nuit ici sans « y penser, dit-il; mais voilà que l'obéissance m'appelle; il « faut se retirer. — Auparavant, reprit la supérieure, dites- « nous ce que vous désirez qui nous demeure plus profondé- « ment gravé dans lesprit. — Mes chères filles, dit-il, ne « désirez rien, ne refusez rien; mais souffrez et recevez tout « amoureusement : ce mot dit tout. Voyez le petit Jésus en la « crèche : il reçoit la pauvreté, la nudité, la compagnie des « animaux, le froid, les injures du temps et tout ce que son « Père permet. Il n'est pas écrit qu'il ait jamais étendu ses « mains pour demander quelque chose, il se laissait tout à « fait au soin de sa mère . Il ne refusait pas non plus tous les « petits soulagements qu'elle lui donnait; il recevait les ser- « vices de saint Joseph, les adorations des rois et des bergers, « et le tout avec une égale indifférence. Ainsi nous ne devons « rien désirer, rien refuser, mais souffrir et recevoir égale- <( ment tout ce que Dieu permettra à notre sujet. — Mais, « monseigneur, demandèrent les Religieuses, faut^il se chauffer

« quand on a grand froid? — Lorsque le feu est fait, répondit- (( il, on voit bien que c*estrintention de Tobéissance qu*onse « chaufle, pourvu qu on ne le fasse pas avec trop d'empres- (( sèment. » Et là-dessus il se retira, en leur disant qu'il les emportait toutes dans son cœur*.

Le jour suivant^ fête de Saint-Jean, il s'aperçut en se levant que sa vue s^affaiblissaitfort : « Gela signifie, dit-il aux siens, « qu'il s'en faut aller, et j'en bénis Dieu; le corps qui s^affaisse « appesantit l'àme. » Use confessa ensuite, dit la messe avec une ferveur extraordinaire, donna la communion à toute la communauté, et, après avoir confessé la supérieure, il s'entretint quelque temps avec elle. Celle-ci, apercevant une altération dans son regard et dans les traits de son visage, lui demanda s'il se trouvait mal; il répondit seulement que tout tournait à bien à ceux qui aiment Dieu, la bénit en lui disant : (( Adieu, ma fille, je vous laisse mon esprit et mon cœur. »

Au sortir de l'église, ayant rencontré le duc de Bellegarde, gouverneur de Bourgogne, et M. de Yilleroy, gouverneur de Lyon, il ^'entretint longtemps avec eux, la tète nue par un froid très vif et d'épais brouillards. De là, il alla voir le dac de Nemours, pour le détromper de ses préventions contre ses officiers du duché de Genevois, qu'il voulait casser, et il eutla consolation de les faire confirmer tous dans leurs charges. Il passa de là chez le prince de Piémont, devant lequel il demeura encore longtemps la tète nue^ et enfin il rentra chezlui harassé de fatigue et n'en pouvant plus^. Son domestique lui proposa de prendre ses bottes pour être plus à Taise dans sa chaussure : a Prenons les bottes, puisque vous le voulez, dit-il, mais noas « n'irons pas loin. » Il dina ensuite fort légèrement, et après le repas il demeura longtemps pensif, appuyé sur sa table. Il écrivit ensuite deux lettres, et en avait commencé une troisième lorsqu'il fut interrompu par les visites de plusieurs Reli-

* Année de la Visitation, 27 décembre. — Charl.-Aug., p. 570. «/6trf.,p.571.

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