‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 155 sur 292 · LIV. VI. — IL EST FRAPPÉ D* APOPLEXIE · texte numérisé non relu

LIV. VI. — IL EST FRAPPÉ D* APOPLEXIE

gieux des divers ordres, qui, croyant qu'il allait repartir pour Annecy, venaient lui souhaiter un heureux voyage el lui demander sa bénédiction. Parmi eux se trouvait le recteur de la maison de Saint- Joseph, que dirigeaient les Jésuites; et comme il réclamait sa bienveillance : « Ne savez-vous pas, lui dit le K saint évéque, que je suis tout de Saint- Joseph I » Témoins de la réception qu*il faisaità tous les visiteurs, ses domestiques remarquèrent que lui, qui avait coutume d'accompagner avec tant de politesse ceux qui venaient le voir, demeurait assissur sachaiaa sans les reconduire; ilsen conclurent qu'il devait être fort mal, et en conséquence ils l'engagèrent à remettre le départ au lendemain * . « Vous croyez peut-être que je suis ma- « lade? s> leur dit-il. Et, quelques instants après, son domestique lui rendant compte d'un sermon où le prédicateur avait recommandé à la reine de bien aimer ses serviteurs : « Et vous* « mon ami, lui dit-il d'une voix maladive, m'aimez-vousbien?» A quoi ce bon serviteur n'ayant répondu que par ses larmes : « Et moi aussi, ajouta le tendre maitre, je vous aime bien; « mais aimons plus encore Dieu^ qui est notre grand maître. » En disant ces mots, il tomba évanoui; il était alors deux heures après-midi ' : aussitôt on ouvre les fenêtres pour lui donner de 1 air, et on le met au lit. Une demi-heure après, survient une apoplexie qui lui ôte tout mouvement et semble l'absorber tout entier. A ce spectacle, tous s'empressent autour de lui pour le soulager; les médecins accourent, recommandent de prendre tous les moyens pour empêcher Tassoupissement, de lui parler, de lui frotter la tête avec des linges chauds, de lui faire prendre des potions amères; il se laisse faire tout ce qu'on veut; car alors il avait saraison parfaite et son jugement sain. Le recteurdesJésuites lui suggère des actes defoi, d'espérance, de charité et de contrition, et le saint malade les répèle pieusement dans les intervalles où il peut parler. A tout ce qu'on

> La Rivière, p. 655.

= Charl.-Aug., p. 571 et 572.

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lui dit, il ne répond que par des paroles d'édification ^ « En <( quel état vous vois-jel lui dit un Religieux de ses amis.— a Mon père, lui répondit-il, j^attends ici la miséricorde deDieu : « Expectans expectavi Dominum et iniendit mihL J'ai attendu « constamment le Seigneur, et il a abaissé les yeux sur moil « — Si telle était la volonté de Dieu, reprend le Religieux, ne « voudriez-vous pas bien mourir en ce moment? — Si Dieu « le veut, répond le saint malade avec un doux sourire, je le <c veux aussi : cette heure ou une autre, qu'importe? Bonm, « est sperare in Domino ', Dominus est; quod bonum est m « oculis suis faciat * : Il faut bien s'abandonner au Seigneur : <( il est le maître, qu'il fasse selon son bon plaisir. » Il fit ensuite sa profession de foi; après quoi il ajouta : « Je veux « mourir dans la foi de l'Église catholique, apostolique etro- « maine, la seule bonne religion; ainsi je le jure et le pro- « fesse. Qu'on m'apporte, ajouta-t-il, le sacrement de Tex- « tréme onction. — Monseigneur, lui dit le Père Maniglier, (( Jésuite de ses amis, qui était accouru près de lui dès qu'il « avait appris l'accident, dites : Transeat a me calix iste: Que « ce calice passe à cùté de moi sans que je le boive! — Oh <c nonl répondit-il, il vaut mieux dire : Mon Dieu! que votre « volonté se fasse et non la mienne ! — Eh bien, alors, con- « sacrez- vous à la sainte Trinité, dit le Père. — Oh ! degrand « cœur, je voue et consacre à Dieu tout ce qui estenmoi, ma « mémoire et mes actions à Dieu le Père, mon entendement « et mes paroles à Dieu le Fils, ma volonté et mes pensées à « Dieu le Saint-Esprit, mon cœur, mon corps, ma langue, a mes sens et toutes mes douleurs à la très sacrée humanité « de Jésus-Christ, qui non dubitavit manibus tradi nocen' « tiuM et crucis subire tormentum ^. » Quelqu'un , pensani

î Charl.-Aug., p. 573 et suiv.

s Ps. XXXIX, 1.

3 Ps. cxvii, 9.

* I Reg., m, 18.

5 C'est-à-dire : Qui n'a point balancé à se livrer aux mains de ses boHf

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