‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 156 sur 292 · LIV. VI. — SES DERiNIERS MOMENTS · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SES DERiNIERS MOMENTS

qu'il serait utile de lui faire espérer sa guérison, lui dit qu*on eomplait le revoir encore bientôt sur son trône de Genève : « Le trône de Genève, reprît-il, je ne l'ai jamais désira, mais u seulement sa conversion*. » 11 se confessa ensuite, demanda encore une fois Textréme-onction ; et le grand vicaire, étant alors survenu, lui proposa d'exposer le saint Sacrement pour lui dans Téglise de la Visitation : « Non, répondit-il, je ne le <« mérite pas. — Mais ne désirez-vous pas au moins qu'on •< prie pour vous? — Ah! oui, pour moi, pauvre pécheur. — ^< Ne voulez-vous pas invoquer la sainte Vierge? — Ah ! je l'ai « priée tous les jours de ma vie. » Et, en disant ces mots, il tomba dans un assoupissement profond. Le grand vicaire, pour le tirer de cet assoupissement, qui lui était très contraire, imagina de lui demander : « Monseigneur, que pensez- « vousde larelîgion catholique?neseriez-vouspoiDt calviniste " dans le fond du cœur? — Ohî oh! s'écria-t-il avec effort, '• réveillé par l'horreur de l'hérésie. Dieu m'en garde ! je ne « fus jamais hérétique; ce serait à moi une trop grande tra- » bison. » Et, en disant ces mots, il fit un grand signe de croix depuis le front jusqu'à la poitrine. « Mais, lui dit le '( grand vicaire quelque temps après, ne craignez-vous point " la mort? les plus grands saints l'ont appréhendée, et ils < avaient bien raison : 0 mors, quant amara est memoria « tua/ 0 mort! que ton souvenir est amer! — Homini paeem '< kabentiinsubstanHissuis^, » répondit-il, c'est-à-dire: pour l'homme qui repose son cœur dans ses richesses, signifiant par là que, puisqu'il n'avait aucune attache ici-bas, la mort n'avait pour lui aucune amertume ^.

Cependant, le mal empirant toujours, vers une heure après

reaux et à subir pour nous le supplice d4} la croix. Prière de TÉglise dans la semaine sainte.

^ Dép. du chanoine Gard. — Charl.-Aug., p- 576.

^Eccli., xu, 1.

3 EsprHt de saint François de Sales, part. V«, sect. x. — La Rivière, p. 657.

minuit on lui donna Textrême onction, qu'il avait si ardemment désirée, mais sans lui donner le viatique, à cause de ses fréquents vomissements; et il répondit à toutes les prières avec les plus grands sentiments de piété, ayant recouvré comme par miracle pour ce moment solennel toute sa liberté d*esprit : après la cérémonie, il se fit mettre au bras son chapelet, auquel étaient attachées plusieurs médailles bénitfê qu'il avait apportées de Rome et de Lorette : et il pria les ecclésiastiques qui veillaient à ses côtés de lui suggérer par intervalles des actes de foi, d'espérance, de charité, de conformité à la volonté de Dieu, de contrition et d'humilité.

Le matin, lorsque parut le jour qui devait être pour lui le dernier, ayant reçu la visite de l'évoque de Damas, il le reconnut et étendit la main pour la lui donner en signe de bienveillance. « Je viens, lui dit l'évéque, vous aider dans le dernier « combat. Frater qui adjuvatur a fraire quasi civilas firma * : « Le frère aidé de son frère est comme une ville forte. « — EtDominus salvabil utrumque, répondit-il : le Seignear « sauvera l'un et l'autre. » Quelque temps après, l'évéque ajouta : « Jacta super Dominum curam tuam ^. — El ipse « te enutriet ^, » reprit le malade; et il ajouta ensuite : « Ma « nourriture est que je fasse la volonté de mon Père *. »

Le duc de Nemours, Henri de Savoie, quoique alité et cruellement tourmenté de la goutte, vint après l'évéque de Damas. Touché de l'état où il voyait le vénérable malade, il se mit à deux genoux devant son lit, et, les larmes aux yeux, il lai demanda sa bénédiction pour lui et pour son fils^ le prince de Genevois, que le saint évéque avait baptisé à Paris. On l'interrogea s'il reconnaissait celui qui lui parlait : «Oui, sans « doute, répondit-il, c'est M. le duc de Nemours; je suis son

ï Prov., xviii, 19.

* Mettez votre confiance dans le Seigneur. Ps. liv, 25.

* Et il vous nourrira. Ibid.

* Charl.-Aug., p. 575 et suiv. — La Rivière, p. 656 et suiv.

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