‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 157 sur 292 · LIV. VI. — SES DERNIERS MOMENTS · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SES DERNIERS MOMENTS

a vassal. » £t, étendant sa main, quoique bien affaiblie, il le bénit, lui et le jeune prince*.

Madame Olier vint aussi avec ses enfants solliciter sa deroière bénédiction, et le saint malade, levant sa main défaillante, les bénit d*un air content et paisible, qui annonçait les grandes espérances qu'il fondait sur Jean-Jacques, le plus jeune, destiné à devenir le père d'une société vouée à la sanctification du clergé.

Vers dix heures, les médecins jugèrent à propos de le saigner, et le Père Forrier, l'ancien directeur de sa conscience, qui survint peu après lui, ayant demandé s'il se souvenait de lui : a Si oblitus fuero tui, lui dit-il, oblivioni deiur dexlera « mea : Plutôt oublier ma main droite que de ne pas me sou- « venir de vous^. — Dites à Dieu, comme saint Martin, syouta « le Père : Domine y si adhuc populo tuo sum necessarius, » non recuso laborem : Seigneur, si je suis encore nécessaire « à votre peuple, je ne refuse point le travail. — Moi, néces- « saire ! reprit-il, non, non, je suis un serviteur tout à fait « inutile : Sertms inuiilûSf inutilis, inutilisl » répéta-t-il par trois fois.

Ayant remarqué l'empressement d'un bon frère de la Compagnie de Jésus, pour le servir dans ses besoins : « Mon cher « frère, lui dit-il, vous prenez pour moi beaucoup de peine ; « que pourrais-je faire pour vous? — Monseigneur, lui répondit « celui-ci, souvenez- vous de moi quand vous serez arrivé au « royaume de Dieu. » Et le saint malade lui fît un signe bienveillant en témoignage de sa promesse. Ayant de même observé les pleurs de ses domestiques, qui sanglotaient tout autour de sa couche : « Mes enfants, leur dit-il, ne pleurez « point; ne faut-il pas que la volonté de Dieu s'accomplisse? » Et, après avoir dit ces mots, il retomba dans l'assoupissement. Quand il reprenait ses sens, c'était pour parler à Dieu, implo-

ï Charl.-Aug., p. 576.

' Ps. cxxxvi, 5.

rer sa miséricorde et se confier en lui. Il avait soavent à la bouche le psaume Miserere mei, Deus : Ayez pitié de moi, mon Dieu! et quelqu'un, Tayant entendu murmurer tout bas le verset : « Amplius lava me. Domine^ ab iniquitate mea, « et a peccato meo munda me : Lavez, Seigneur, de plus en « plus mes souillures, et purifiez-moi de tout péché, » se permit d'ajouter que, dans sa conscience, il ne restait plus de tache à effacer, qu'il y avait mis bon ordre : « Vous vous « trompez, » reprit-il aussitôt. D'autres fois il empruntait ces autres paroles du Psalmiste : « Cor meum et earo mea expd- « taverunt in Deum vivum^, Misericordias Domini in xter- « num cantabo^, Renuit consolari anima mea^ memor fw a Dei et delectatus sum^, Quando veniam et apparebo*'! ^ (( C'est-à-dire : Mon cœur et ma chair ont tressailli dans le Dieu « vivant. Je chanterai à jamais les miséricordes du Seigneur. « Quand mon âme a été désolée, je me suis souvenu de Dieu « et j'ai été heureux. Oh I quand irai-je et parattrai-je en sa u présence? » Il aimait aussi à redire les paroles des Cantiques : « Indica mihi, dilecte mi^ ubi paseas^ ubi cubes in me" u ridie : 0 mon bien aimé! montrez-moi le lieu où vous rassa* « siez vos agneaux, où vous reposez dans un midi continuel. *» Et quelqu'un lui ayant dit pour l'entretenir dans cette pensée du paradis : Sanctus, sanctusy sanctus, » il ajouta : « Pienù c< e$t omnis terra gloria ejus, » et continua le Te Deum^ ce beau cantique du ciel, où il était près d'entrer.

Cependant il retombait toujours dans son assoupissement, et les médecins, pour l'en tirer, lui faisaient souffrir de grandes douleurs, lui arrachaient les cheveux, lui frottaient violemment les jambes et les épaules jusqu'à les déchirer. Réveillé par la souffrance, il aperçoit l'archevêque d'Embran qui était venu le visiter; mais, au lieu de lui parler, il exhala

1 Ps. LXXXIII, 3.

*•' Ps. LXXXVIII, 2.

5 Ps. LXXVI, 4.

* Ps. xi.i, 3.

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