‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 158 sur 292 · LIV. VI. — SES DERNIERS MOMENTS · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SES DERNIERS MOMENTS

les soupirs dont son cœur était plein : « 0 mon Dieu ! tout « mon désir est devant vous, et mes gémissements vous sont « connus : mon Dieu est mon touti mon désir est le désir des 0 collines éternelles! » Quelqu'un lui suggéra d'unir ses douleurs à celles de Jésus-Christ couronné d'épines : « Ce que je « souffre, répondit-il, ne mérite pas le nom de douleurs en « comparaison de celles-là. »

' Enfin, les médecins, voyant le malade à l'extrémité, voulurent essayer les remèdes extrêmes. On lui avait mis sur la tète on emplâtre de canlharides; en le lui 6tant, on lui arracha la première peau. Deux fois on lui appliqua le fer chaud sur la nuque du cou, et une fois le bouton de feu sur le haut de la tête, qui en fut brûlée jusqu'à l'os ^ ; et pendant ce long martyre, dont la violence fit couler ses larmes, il ne laissa pas échapper une seule plainte. On lui demandait s'il sentait le mal qu'on lui faisait: « Oui, je le sens, répondit-il doucement; « mais faites tout ce que vous voudrez au malade. » Et son visage ne perdit rien de sa sérénité et de sa mansuétude, et ses lèvres n'articulèrent d'autres paroles que les noms bénis de Jésus et de Marie. Comme l'agneau sous la main de celui qui le tond, il souffrait tout ce qu'on voulait, il faisait tout ce qu'on lui prescrivait; et, conformément à sa maxime de ne rien demander, de ne rien refuser, jamais il ne demanda aucun soulagement, jamais il ne refusa aucun remède, quelle qu'en fût la violence ou quelque aversion qu'en eût la nature.

Une mort plus prompte parut être le seul résultat de ces cruelles opérations, et, depuis ce moment, il ne laissa plus échapper que quelques paroles. Le grand vicaire lui demanda où il voulait être enterré, il ne répondit rien. Une Sœur, pour lui faire plaisir, lui dit faussement que son frère l'évêque de Chalcédoine était arrivé : « Ma sœur, lui dit-il, il ne faut «jamais mentir. » On lui demanda s'il ne regrettait point de

ï Charl.-Aug., p. 577.

quitter ses chères ûlles de la Visitation, et s*il n*était pas inquiet pour son institut naissant : a Qui cœpit opu$^ ipseperfi- « ciet, perficiei, perficiei\ » répéta-t-il jusqu'à trois fois, c'est-à-dire : « Celui qui a commencé l'œuvre Tachèvera. » On lui demanda s*il ne craignait pas d'être vaincu dans le dernier combat contre le démon : c< Oculi mei semper ad Domia num , répondit-il, quoniam ipse evellet de laqueo pedes « meos^ : Mes yeux sont fixés sur le Seigneur, c'est lui qui me « sauvera du péril. — Mais, lui dit-on, il s'en trouva un parmi « les apôtres qui fut infidèle. — Expeetans expectam Dam- « num, rép]iqua-t-il, et exaudivit preces meas, et eduxU me « de lacu tniseri» et de luto fascis^ : J'attends mon secours du « Seigneur, il exaucera ma prière, il me délivrera de l'ablroe. » Et après ces mots il ajouta : « Qui capit ipse perficiet, »

S'étant ensuite tourné vers un des siens, et lui ayant serré la main : « Âdvesperascit et inclinata est jam dies*, » loi dit-il : (( Il se fait tard et le jour est déjà bien abaissé. » Puis^ ayant prononcé le nom de Jésus, il perdit la parole, et Ton ne s'aperçut plus qu'il vivait encore qu'au mouvement de ses lèvres et à celui de ses yeux, qu'il levait au ciel à chaque aspiration pieuse qu'on lui suggérait. Enfin, voyant qu'il allait expirer, tous les assistants se mirent à genoux, récitèrent les prières de la recommandation de Tàme, et, au moment où l'on disait pour la troisième fois l'invocation : Omnes saneU Innocentes, oraie pro eo^ parce que ce jour-là était la fêle des saints Innocents, il rendit son àme pure et innocente à Dieu, avec le même calme, la même tranquillité qui avait présidé à toute sa vie, à huit heures du soir, dans sa cinquante-sixième année, et la vingtième de son épiscopat^.

La nouvelle de cette mort fut aussitôt transmise, par une

» Philip., I, 6.

8 Ps. XXIV, 15.

3 Ps. XXXIX, 3.

* Luc, XXIV, 29.

* Charl.-Aug., p. 578.

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