‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 165 sur 292 · LIV. VU. — SON TALENT COMME ORATEUR · texte numérisé non relu

LIV. VU. — SON TALENT COMME ORATEUR

« tout mon corps; et maintenant l'on dit que vous pesez « vos paroles, que vous comptez vos périodes^ que vous « traînez l'aile, que vous languissez et faites languir vos au- « diteurs^ »

Mais la lenteur qu'on ne supportait pas dans Tévèque de Belley paraissait un mérite dans Févêque de Genève : on savait gré à sa prononciation lente et même un peu pesante de laisser à Tauditeur plus de loisir pour goûter la beauté de sa doctrine, la noblesse et la facilité de son expression, Fonction de ses paroles, le naturel de son ton, de ses gestes toujours appropriés à ce qu'il disait, de toute sa contenance enfin qui était celle d'un homme profondément pénétré : chose qu on appréciait d'autant plus, qu'on les trouvait moins dans les autres prédicateurs. Alors, selon le genre reçu à cette époque, la prédication n'était guère qu'un chaos informe de sèche théologie, de philosophie abstraite, de citations profanes, grecques et latines, de fatras savant et de pathétique ampoulé; François, au contraire, avait le bon sens de s'en tenir à cette éloquence simple et naturelle, grave et modeste, qui est le langage vrai de l'onction et de la douce persuasion. S'il combattait le vice, ce n'était point en l'attaquant par des invectives, mais bien en le montrant tel qu'il est, difforme et méprisable, en lui opposant la vertu et la présentant toujours à l'intelligence comme souverainement raisonnable, au cœur comme infiniment aimable. Or il ne pouvait se faire qu'un tel langage ne ravit les peuples qui, au milieu même de la dépravation du goût, conservent toujours l'instinct du beau.

Les sermons imprimés de l'évéque de Genève laissent sans doute beaucoup à désirer; mais la faute n'en est pas au prédicateur : nous n'avons guère que le sermon pour l'Assomption qui soit écrit de sa main ; les autres ou ont été recueillis

^ KsptUde saint François de Sales, V part., sect. xxiii.

par les éditeurs, qui les ont arrangés à leur façon, ou ne sont que des canevas tracés par le saint évèque et remplis par les auditeurs ^ « On n'y trouve plus, dit un de ses historiens^ « ni son esprit, ni son éminente doctrine, ni les grâces de son « éloquence, ni les puissants attraits de sa piété : ce qui <c faisait autrefois couler des larmes, excitait Tadmiration de « tous les auditeurs, provoquait le concours des plus grands « hommes de France, de Savoie, de Piémont et dltalie, et a rendait toujours les églises trop petites, n'a que peu d at- « trait aujourd'hui pour les lecteurs. » Ce jugement de M. de Maupas est peut-être un peu sévère, et, quoique nous n'ayons guère que des débris de l'éloquence de François de Sales, ce sont encore de beaux restes, dont chacun suffit pour faire apprécier ce qu'était le sermon dans son entier.

1 Un éditeur récent des Œuvres complètes de saint François de Sales affirme : 1** querédition des sermons du saint, publiée en 1041, conte* nait vingt-cinq sermons écrits de sa main, mais que beaucoup de ces sermons n'étaient que des canevas, que certains éditeurs ont respecta et que d'autres ont arrangés à leur façon; 29 que quelques autres ser

mons avaient été fidèlement recueillis parles religieuses delà Visitstion d'Annecy ; mais que cependant sainte Chantai en désirait vivement lacorrection; ce qui nous porterait à croire que la reproduction n'était pas aussi fidèle que le prétend l'éditeur.

2 M. de Maupas, préface.

Page 1