DES MOYENS PAR LESQUELS FRANÇOIS DE SALES S*1^LEVA A LA SAINTETÉ
Dans le chapitre précédent nous n*ayons considéré François de Sales que comme homme; nous avons vu en lui Thomme aimable, instruit et plein de talent : maintenant nous avons à l'étudier comme saint, et c'est là un autre point de vue bien autrement intéressant pour le cœur et pour l'esprit. Mais, de même qu'avant d'arriver sur une haute montagne, il faut ^avir les sentiers qui y conduisent, ainsi, avant d'entrer dans le récit des différentes vertus qui ont constitué la haute sainteté de l'évéque de Genève, il est essentiel de le suivre daDs les voies par lesquelles il s'est élevé à une si sublime perfection. Sa rare intelligence comprit de bonne heure que, la légèreté de l'esprit, si peu porté auic choses spirituelles, si facile à s'en distraire, et la mauvaise tendance du cœur^ si incliné vers la créature préférablement au Créateur, formant les deux principaux obstacles à la vertu, il fallait leur opposer la réflexion et la prière : la réflexion, qui fixe l'esprit et qui éclaire; la prière, qui détache l'àme des choses créées, l'unit à Dieu et attire la grâce, cette souveraine réformatrice des cœurs.
En conséquence, le premier moyen qu'il employa, ce fut la fidélité à l'oraison. Cet exercice tout à la fois de réflexion et de prière était l'objet de sa souveraine estime : « L'oraison, « disait-il ^, mettant notre entendement en la clarté et lumière « divine, il n'y a rien qui purge tant notre entendement de
' Dép, de sainte Chantai, art. xxxjii.
2 Introduction à la Vie dévote, part. II*, ch. i.
« ses ignorances, et notre volonté de ses affections dépravées. « C'est Teau de la bénédiction qui, par son arrosement, fait « reverdir et fleurir les plantes de nos bons désirs, lave nos « âmes de leurs imperfections et désaltère nos cœurs de leurs « passions. » Aussi chaque matin il y consacrait au moins une heure; chaque soir il accompagnait la récitation du chapelet de la méditation des mystères, de manière à la faire durer aussi une heure; et, outre cela, tous les moments du jour qu'il pouvait dérober aux affaires, il les donnait à la méditation, sans compter les heures de la nuit qu'il prenait sur son sommeil pour se livrer à ce saint exercice, le plus noble comme le plus utile qui puisse occuper Thomme sur la terre.
Il procédait, dans ses oraisons, avec la môme simplicité que dans tout le reste de ses actions : il conversait avec Notre- Seigneur familièrement et simplement, comme un enfant avec son père; et souvent d'une seule parole, d'une seule pensée qu'il portait à la méditation, d'un seul mot de VOraison dominicale ou de la Salutation angéligue, il tirait de douces et saintes affections qui l'occupaient tout le temps de cet exercice. « Ainsi, disait-il, qu'une goutte d'huile répandue sur « une table bien unie et bien polie se va toujours étendant et « dilatant peu à peu, de même d'une parole ou d'une pen- « sée que je porte à l'oraison sort une très douce, très simple (( et très suave affection, laquelle, petit à petit, se va augmen- « tant et parfume mon cœur d'un baume si précieux, que « je ne le saurais exprimer. » D'autres fois il se présentait à Toraison avec un seul sentiment : la disposition de plaire à son bien-aimé, de recevoir de lui ce qu'il lui plairait de verser dans son cœur, ou de n'en rien recevoir s'il lui plaisait davantage de n'y rien répandre. « 0 Dieul disait-il, me voilà « devant vous, cela me suffît; je me repose en vous, je m a- « bandonne à vous ; faites en moi et de moi ce qu'il vous <c plaira; je serai content, pourvu que votre bon plaisir s'ac- ^< complisse en moi. Or sus, mon pauvre esprit! ne mettons