‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 168 sur 292 · LIV. VU. — SON RECUEILLEMENT · texte numérisé non relu

LIV. VU. — SON RECUEILLEMENT

moyen qu'il employait pour s'élever à là sainteté, objet de tousses vŒux^ Convaincu que la dissipation, s'il la laissait entrer dans son âme, aurait bientôt dispersé et rendu inutile Ja bonne semence qu y auraient déposée les réQexions et les prières de l'oraison du matin, il s'était fait au dedans de lui comme un temple, une solitude intérieure qu'il appelait le sanctuaire de Dieu, où rien n'entrait que l'âme seule avec Dieu^. Là les nouvelles qui dissipent et préoccupent avaient si peu d'accès, qu'il disait à un de ses amis : c( Je ne m'occupe « ni ne parle jamais des affaires du monde que par manière « de distraction involontaire^; » là, comme abimé dans l'océan des perfections divines, tantôt il considérait Dieu comme son seigneur, son roi, son juge, et se tenait en esprit anéanti à ses pieds, tantôt il l'envisageait comme son père, son bienfaiteur, son ami, et il s'animait à l'aimer toujours davantage; et plus souvent il demeurait attaché à lui comme à son tout, auprès duquel tout le reste n'est rien et doit être compté pour rien. S'il était seul, il goûtait Dieu tout à son aise; s'il était accablé d'affaires, entouré de personnes qui voulaient lui parler, il se tenait encore uni à Dieu par de fréquentes élévations d'esprit et de cœur. « Il n'est pas croyable, « écrivait-il à sainte Chantai ^, comme je suis tracassé de çà « et de là par les affaires; néanmoins mon pauvre et chétif « cœur n'eut jamais plus de repos ni de volonté d'aimer sa « divine majesté. » Jamais, dit un historien ^^ ses occupations extérieures, qui étaient continuelles, ne lui causaient la moindre dissipation. Son maintien seul faisait voir que, pendant qu'il s'entretenait avec les hommes, il conversait avec les anges et qu'il respectait la présence de Dieu. <c Mon-

^ Esprit de saint François de Sales, VIP part., sect, n; XIU" p., sect. i ; XI* part., sect. xii.

* Dom Jean de Saint-François, p. 401.

3 Dép, du marquis de Lullin.

* Lettre dcxmi*.

« M. de Cambis, t. I, p. 401.

« seigneur, lui dit un jour une Sœur de la Visilalion, vous « portez la vue bien basse par la ville. — Eh ! ma fille, reprit « le saint, sans cela pourrait-on marcher en la préseoce de « Dieu? — Monseigneur, lui dit une autre Sœur en l'inter- « rompant au milieu d*une conversation, est-ce qu'en caasaat « avec les hommes vous êtes en la présence de Dieu? — Dieu (( n'est-il pas partout, répondit-il en souriant, et n'y faut-il c< pas penser sans cesse * ? » Ainsi la charité qui l'obligeait à se répandre au dehors ne lui ôtait rien de Tattention intérieure qu*eût apportée la piété la plus austère ; et toutefois ce recueillement n'avait rien de sombre ni de triste : c était toujours sur son visage une gaieté douce et modérée, qui donnait à ses entretiens un charme infini , la sainte préseoce de Dieu ajoutant je ne sais quel surcroît d'éclat à ses vertus, comme la présence du soleil augmente le lustre des fleursl « Lorsque j'avais le bonheur d'entrer dans sa chambre, au* « près de son oratoire, dit un témoin dans le procès de sa « canonisation, je le trouvais toujours tellement attentif à <( Dieu et aux choses célestes, qu'il semblait qu*aucune affaire « ne pût Ten distraire^. » — « J'ai mangé souvent à sa table, « dit un autre, j'ai conversé souvent avec lui, et je proteste <( n'avoir jamais entendu sortir de sa bouche aucune parole « qui ne fût de Dieu ou qui n'excitât à l'amour divin avec une « suavité non pareille *. » Sainte Chantai lui demanda un jour s'il était longtemps sans penser à Dieu : « Quelquefois presque « un quart d'heure, » répondit-iU

Chaque matin, à l'oraison, il entrait dans ce saint recueillement, et, après cela, son oraison allait se répandant tout le jour sur le cours de ses actions, sans que rien au monde le tirât ensuite de cette douce union avec son Dieu, selon ce qu'il écrivait un jour : « Ma chambre est remplie de gens qui n^

i Vie de sainte Chantai, par M. Tabbé Bougaud, 1. 1, p. 352.

a Le P. la Rivière, p. 360.

3 Dép. de Dumartray,

* Dép. du dian. Gard, de Marrignier et de Davmant.

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