LIV. VIL — SON RECUEILLEMENT
« tirent chacun de son côté, mais pourtant mon cœur est soli- « taire ^ » De là venait que souvent, au sortir des affaires et des conversations les plus propres à dissiper Tâme, commençant à prier sans aucune préparation , il se sentait tout à coup saisi de la présence de Dieu et recueilli en lui, tant il pratiquait exactement ce qu'il enseigne dans son Introduction : « La solitude intérieure , dit-il , ne peut-être empêchée par la « multitude de ceux qui sont autour de nous; car ils ne sont « pas autour de notre cœur, mais de notre corps, si bien que « noire cœur peut toujours demeurer seul en présence de Dieu « seul. » Et c'était là ce qu*il appelait son paradis en terre : « Oh! qu'heureuse, 8*écriait-il , est Tâme qui, dans la transi quillité de son cœur, conserve amoureusement le sacré sen- « timent de la présence de Dieu! car son union avec la divine « bonté détrempera tout son esprit de l'infinie suavité... Et A pourquoi l'àme recueillie en Dieu s'inquiéterait-elle? ajoute- « t-il; n'a- 1- elle pas tout sujet de demeurer en repos? car que « chercherait-elle, puisqu'elle a trouvé celui qu'elle cherchait? « il ne lui r^ste qu'à s'écrier : J'ai trouvé celui que mon cœur « aime et je ne le quitterai point. »
Il avait coutume de dire que la plupart des fautes qu'on commet viennent de ce qu'on ne se lient pas assez en présence de Dieu ^, et, en conséquence, pour se perfectionner dans ce saint exercice, qu'il appelait le gardien de la pureté et de imnocence^, il avait recours à plusieurs saintes industries. Quand il était seul dans sa chambre, il chantait doucement, comme par mode de récréation spirituelle, des psaumes, des hymnes et des cantiques, appropriés aux temps et aux mystères que l'Église célébrait, « et il le faisait, dit un témoin, « d'un ton si modeste et si religieux , qu'on voyait bien qu'il « avait l'esprit et le cœur remplis des sentiments exprimés par
* Lettre DCCCLiv*.
* Le p. la Rivière, liv. IV, ch. xlv, Ig* maxime, p. 569.
* Dép. de Michel Favre.
« ses paroles. » S'il étudiait, il adorait la vérité cachée sous Técorce des lettres , et son étude était une oraison qui le recueillait. S'il conversait, il tirait de tous les sujets de conve^ sation des réflexions propres à porter à la vertu et à Tamour de Dieu ^ » Quand le monde vient nous apporter desnou- « velles, disait-il, il faut lui en donner aussi, mais desnoa- « velles de l'autre monde ^. » S'il voyait de belles campagnes: a Nous sommes le champ du Seigneur, disait-il, nous devons « le cultiver et y semer le grain de sa parole. » En voyant une église : « Nous sommes des temples vivants du Saint- « Esprit, nous devons les orner de vertus. » A la vue d'un arbre en fleurs : « Ce ne sont pas seulement des fleurs, mais « des fruits , que Dieu nous demande. » De belles peinlnres lui rappelaient que Tàme est Timage de Dieu et doit se rendre semblable à lui; des jardins^ que notre âme, si nous la parons des fruits des vertus , sera pour Dieu un jardin de délices. A la vue d'une fontaine, il soupirait : « Ah I quand boirons-nous « à longs traits dans les sources du Sauveur? » En voyant des fleuves : « Quand irons-nous à Dieu comme ces eaux vontàla « mer? » Un agneau lui représentait la douceur de Jésus-Christ, qui s'appelle l'Agneau de Dieu. Dans les pauvres ilvoysûtles membres chéris du Sauveur; dans les prêtres, ses ministres; et ainsi toute la nature lui servait comme d'échelons pour s'élever à Dieu et s'unir à celui qui était Tunique amour de son cœur*.
Une autre industrie de sa piété était de se considérer devant Dieu comme un enfant en compagnie de son père : « Faites, « disait-il avec une naïveté charmante^, comme les petits « enfants qui , d'une main, se tiennent à leur père , et, de Tau- « tre, cueillent des fraises ou des mûres le long des haies. De
* Dép, dePaxd Bérard.
« Lettre dccxxxviii*.
3 Esprit de saint François de Sales, IV« part, sect. xx\i. — XVI' part., sect. XXXI.
* Introduction à la Vie dévote j III* part., eh. x.