LIV. Vn. — SON RECUEILLEMENT
« même, maniant les biens de ce nK)nde de Tune de vos mains, « tenez toujours de l'autre la main du Père céleste , vous re- <( tournant de temps en temps à lui pour voir s'il a agréables « vos occupations. Parmi les affaires qui ne requièrent pas « une attention si forte , regardez plus Dieu que les affaires; H et, quand les affaires requièrent toute votre attention, de « temps en temps au moins regardez à Dieu , comme les na- « vigateurs qui, pour arriver à la terre qu'ils désirent, regar- « dent au ciel. »
Il n'y avait pas jusqu'à son sommeil que ce saint prélat ne 8 attach&tà prendre en présence de Dieu : « Nous devons avoir « Dieu devant les yeux, disait-il^ , toujours et en tous lieux, « aussi bien étant seuls qu'en compagnie, en tous temps, voire « même en dormant, nous couchant modestement en la pré- « sence de Dieu, comme ferait celui à qui Notre-Seigneur, étant « encore en vie , commanderait de dormir et de se coucher en » sa présence : 6 mon Dieu ! combien nous coucherions-nous « modestement et dévotement si nous vous voyions! Sans « doute nous croiserions les bras sur nos poitrines avec une « grande dévotion. »
Cependant cette vie d'oraison et de recueillement ne suffisait point au grand désir qu'il avait de sa perfection. Craignant que le tumulte du monde et la multitude de ses occupations ne vinssent à épancher trop son cœur au dehors et à occasionner quelque préjudice à sa vertu, chaque année il consacrait dix jours & une retraite spirituelle, afin, disait-il, de rcuseoir sa pauvre âmeiempéiée par les affaires. C'était ordinairement entre Pâques et la Pentecôte; et, le plus souvent, il faisait ane seconde retraite à une autre époque*.
Dans ces jours de recueillement plus profond, il relisait les résolutions prises à la retraite précédente, ainsi que le règlement qu'il s'était tracé lors de la retraite préparatoire à son
* Euprit de saint François de Sales, XVI* part., sect. xlv.
* Dép, du chan. Gard et de François Favre. — La Rivière, p. 3(53.
sacre. 11 notait exactement les points dans lesquels il avait failli: il les confessait au directeur de sa conscience, conférait avec lui sur la manière de corriger ses moindres imperfections et gravait dans son cœur plus encore que sur le papier des résolutions nouvelles. Il priait ensuite longuement, célébrait et faisait offrir en divers endroits le saint sacrifice pour obtenir d'en haut les grâces nécessaires à sa conduite et à ceUe de son peuple.
Tels sont les trois moyens par lesquels François de Sales s'éleva à une si haute perfection; tels sont, si je puis ainsi dire, les principes générateurs de sa sainteté; nous allons maintenant raconter ses vertus en détail; et, avec un peu de réflexion, il sera facile de les voir naître de ces principes, comme le ruisseau natt de sa source, le rayon de son foyer, la plante de sa racine.