LIV. V. — COMMENCEMENT DE LA VISITATION
munion de sa main, elle visita, en conopagnie des demoiselles Favre et de Bréchard, les églises de la ville, alla prendre congé de ses connaissances ; et le soir, vers sept heures^ sortant toutes les trois de la maison du président Favre, où elles logeaient, elles vinrent à Tévêché demander la bénédiction du saint prélat : celui-ci, contemplant avec bonheurces trois victimes couronnées de joie et d'allégresse : « Vous êtes bien heureuses, t< leur dit-il, vous que le Seigneur a choisies; ayez un très « grand et très humble courage : Dieu sera votre Dieu, et, sous « son divin regard, vous marcherez victorieuses sur la tète de « vos ennemis. » Remettant ensuite à madame de Chantai un abrégé des Constitutions, qu*il avait composé pour elles : <« Suivez ce chemin, leur dit-il, et faites-le suivre à celles que <c Dieu a destinées à marcher sur vos traces. » Après quoi, levant les yeux au ciel, il les bénit « au nom du Dieu tout> « puissant, qui les attirait; au nomdu Fils, Téternelle sagesse, tt qui les dirigeait; au nom du Saint-Espril, qui les animait de « ses amoureuses flammes. »
Elles partirent ensuite en formant une espèce de procession : le baron de Thorens conduisait madame de Chantai, sa belle-mère; Jean-François de Sales, mademoiselle Favre; et Louis de Sales, mademoiselle de Bréchard. Tout le peuple était dans les rues pour les attendre, et, en les voyant passer, faisait retentir Tair de louanges et de bénédictions. Arrivées à la maison qui allait être le berceau de Tordre de la Visitation, elles se rendirent d'abord à la chapelle, à l'entrée de laquelle madame de Chantai poussa ce cri de bonheur : « Voici, mes « sœurs, le lieu de nos délices et de notre repos. » Là, tombant à genoux, elles remercièrent Dieu par le chant trois fois répété de Gloria Patri, et lui demandèrent Taccomplissement de sa très sainte volonté dans leur entreprise, avec une parfaite charité entre elles; puis madame de Chantai embrassa tendrement ses deux compagnes; et celles-ci, la reconnaissant pour leur supérieure, lui promirent obéissance comme à Dieu même, dont elle allait leur tenir la place. La nouvelle
supérieure leur lut ensuite le règlement de la maison , aûn qu'on Tobservât immédiatement avec exactitude et amour; et, comme déjà il était tard, elles firent aussitôt leur prière, allèrent quitter avec joie, pour toujours, leurs habits séculiers et prendre leur repos. Jamais les deux compagnes de madame de Chantai n'avaient eu un sommeil si calme et si doux; il en fut autrement de la supérieure : elle dormit peu, abîmée qu'elle était dans le double sentiment de la présence de Dieu et de la reconnaissance qu'elle lui devait. Le lendemain , elle alla réveiller ses deux compagnes , les revêtit de Thabit du noviciat; François vint à huit heures célébrer la messe, leur fit une exhortation sur la fidélité à garder les règles de leur nouvel état ^ ; et ainsi commença ce bel ordre, dont nous verrons le dévoloppement au chapitre suivant.
' MémoircB de la mère de Cfiauffi/, p. 121 et suiv.