CHAPITRE II
DÉVELOPPEMENT DR l'ORDRE DE LA VISITATION
Le noviciat des premières Religieuses de la Visitation fut tout ce qu^on pouvait attendre des saintes dispositions qui les avaient préparées k la vie du cloître : tous les matins, elles entendaient dans leur chapelle la messe du saint évéque ou de son aumônier; et le reste de la journée était partagé entre la prière, la méditation, les œuvres de piété et de charité. Elles gardaient la retraite la plus rigoureuse, sans jamais sortir du monastère, et menaient une vie tout angélique. Écoutons sainte Chantai nous en faire elle-même la description :
« Dès le premier jour de notre retraite, dit-elle^ nous nous « mimes à pratiquer très exactement tout ce qui nous était « marqué, et c'étaient dès lors les mêmes pratiques qu'au- « jourd'hui. Nous faisions conscience de la moindre obser- « vance, à ce point que nos deux chères sœurs, ayant goûté « sans la manger une des poires du verger qui étaient tombées « par terre, pour savoir s'il était temps de les cueillir, en « eurent un grand scrupule, qu'elles communiquèrent à notre « bienheureux père, et il leur commanda de s'en confesser et « de le dire à la mère ainsi que tout ce qui leur échapperait « contre l'observance, quelque petite que la chose leur parût. f( Ce grand saint nous imprima Tamour d'une si parfaite exac- « titude et simplicité, qu'au moindre petit manquement nous
1 Lettre do sainte Chantai.
« avions le remords de la conscience , et on ne pouvait rien « souffrir sur le cœur, qu'incontinent on ne s'allât jeter aux « pieds de la supérieure pour s'en accuser avec grand sentice ment et humilité. On ne peut jamais voir plus de candeur i< d'innocence, de sainte joie, que celle qui régnait en ces « chères âmes; eh le tout était accompagné d'une telle con- « fiance en la Providence, qu'elles s'enfermèrent dans cetle « petite maison sans aucune provision, pas même un morceau (( de pain ni une goutte de vin, ni, je pense, aucune pensée de « prévoj^ance pour cela. 11 n'y avait qu'une très petite somme « d'argent pour cette entreprise, toule fondée sur la con- « fiance en Dieu ; ce qui faisait dire à notre bienheureux « père que la divine Providence l'avait fait comme le monde, « de rien du tout. Cette pauvreté était l'une de nos princi- « pales consolations, et je me souviens de la joie que nous (.< éprouvâmes lorsque, notre bonne sœur tourière ayant u acheté un sac de charbon trois sous, nous allâmes toutes « trois avec nos clefs, selon que la règle l'ordonne, pour ouvrir (( ]e coifre d'argent, et nous n'y trouvâmes que ces trois sous. «• Nous nous réglions en tout selon notre pauvreté, mais ja- « mais chose quelconque du nécessaire ne nous a manqué. « Nous jouissions d'une sainte paix dans notre retraite, favo- « risées des sacrées instructions que nous donnait notre bien- « heureux seigneur et père, avec sa suavité et son zèle incombe parables, si heureuses nous trois avec la bonne sœur tou- « rière, et dans si grande douceur, que notre chère sœur Favre « disait souvent que, si ce n'était la gloire de Dieu, elle eût « voulu que nous eussions passé notre vie sans accroître notre « nombre.
(( Vers la fin de juillet, deux sœurs d'une grande vertu, la
« sœur Roget et la sœur de Chastel, vinrent s'adjoindre à
« nous, et vers le mois de décembre trois autres nous arri-
« vèrent, de sorte que nous nous trouvâmes huit dans notre
(( communauté. Il est impossible de raconter les grâces et fa- « veurs célestes que notre bon Dieu versait dans ces chères