SON AMOUR POUR DIEU
Il est un amour renfermé dans Tespérance, dit saint François de Sales* ; et cet amour est bon parce qu*il nous unit à Dieu, mais il est imparfait, car il se mélange avec l'amour de notre propre intérêt, puisque, si nous aimons Dieu, c'est qu'il est bon envers nous et veut nous rendre heureux. L'amour parfait, au contraire, ou la vraie charité, s'élève au-dessus de tout intérêt propre; par lui, nous aimons Dieu, non pas en vue du bien qu'il nous a fait ou qu'il nous réserve, mais parce qu'il est en lui-mftme l'infinie perfection, digne par elle seule de ravir tous les cœurs, la bonté souveraine, la beauté incomparable qui ne peut jamais être assez aimée, quand même nous n'en aurions reçu aucun bien et que nous n'aurions à en attendre aucune récompense; nous aimons Dieu parce qu'il est Dieu. Voilà l'amour pur^, la parfaite charité, dont saint François de Sales nous otîre un magnifique modèle.
La preuve qu'il a ainsi aimé Dieu se trouve d'abord dans son attention délicate à observer non seulement les préceptes, noais les conseils évangéliques, et à fuir jusqu'aux apparences du péché^ <( de même, disait-il avec son gracieux lan- ^ S^^j que la colombe des Cantiques, qui, faisant son séjour 4< sur le bord des eaux pour y voir de loin Tombre des oiseaux « de proie, s'envole et se cache dans sa retraite à la première « vue de cette ombre ^. » Encore était-ce peu pour lui, ra-
* Traité de Vamour de Dieu, l. II, ch. xvii.
* Eêpril de iaint François de Sales, XIV* part., sec t. vu.
* Dép. du chan, Gard,
y» DE s. FR. DE SALES. — II. 23
conte un de ses historiens 1, de ne point déplaire au Dieu qu il aimait uniquement; il s* attachait en fout à lui plaire le plus parfaitement qu'il lui était possible : et, s*il eût entrevu un moyen de lui plaire un peu davantage, il l'eût suivi à Tinstant, quand il lui en eût dû coûter la vie. Sainte Chantai confirme la même observation : — w Ce n'est pas, dit-elle, qu'il ne (( commit quelque imperfection ; mais , quand cela lui arri- « vait, c'était par faiblesse ou pure surprise; et jamais il n'en « eût laissé une seule s'attacher à son cœur, pour petite qu'elle « fût. Tout était si rangé, si calme, et la lumière de Dieu si « claire en cette bienheureuse âme, plus pure que le soleil, « plus blanche que la neige, qu'il voyait jusqu'aux moindres « atomes de ces mouvements; et jamais il ne souffrait volon- « tairement en lui ce qu'il y voyait de moins parfait; son « amour ne le lui permettait pas : car, disait-il, il faut lier « toutes nos affections et passions, toutes nos inclinations et « aversions avec la chaîne d'or du saint amour ^, et, si je con- « naissais dans mon cœur la moindre fibre qui ne fût pastoule « détrempée de l'amour de mon Dieu, je l'arracherais à Fins- « tant. Ah! qu'on m'arrache le cœur, si je ne dois pas l'em- « ployer tout entier à aimer ^ I Ou mourir ou aimer : caria vie « sans amour est pour moi pire que la mort. Mourir à tout « autre amour, pour vivre à celui de Jésus et pouvoir chanler « éternellement : J'aime Jésus*. » C'était une de ses maximes que le vrai signe de Tamour divin, c'est d'aimer également Dieu en toutes choses, puisque^ ce souverain bien étant toujours égal à lui-même, l'inégalité de notre amour ne peut venir que de la considération de quelque chose qui n'est pas lui^. « Si
1 Le P. la Rivière, p. 559.
2 Dép. de Rannaud. — Le P. la Rivière, p, 568.
^ Dép. de sainte Chantaly art 26. — Esprit de saint François de SaUf. X* part., sect. xvi.
* Esprit de saint François de Sales, III» part., sect. xxx. — VU* paru sect. 1.
* Esprit de saint François de Sales, XV* part., sect. xxxin. — XI* part., sect. II. — Lettre dccxlviii*.