L. V. — FERVEUR DES PREMIÈRES SŒURS DE LA. VISITATIOiN
(c âmes : on voyait reluire en cette petite communauté une « ferveur d'exactitude à l'observance de nos règles, un recueil- « lement et un esprit d'oraison, une candeur et une innocence « enfantines, une suavité, douceur et sainte joie dans les con- « versations, et un si grand amour d'union entre elles, que « c'était un paradis de délices d'être dans cette maison. L'on (c n'y parlait que de Dieu et des moyens de s'avancer en son « saint amour : ce qui causait à notre saint fondateur des <r consolations indicibles. Il nous visitait souvent, nous con- « fessait tous les quinze jours et faisait de petites conférences «* spirituelles pour nous enseigner la vraie perfection, don- « nant à chacune, selon ses besoins, la pratique de quelque a vertu particulière. »
Au milieu de ces saints exercices, les ferventes novices soupiraienty avec une ardeur incomparable, après le moment fortuné où elles pourraient faire profession. « Quand viendra, « écrivait la mère de Chantai au saint évoque, le jour heureux « où je ferai et referai l'irrévocable offrande de moi-même à « mon Dieu? Sa bonté m'a remplie d'un sentiment si extraor- « dinaire et si puissant de la grâce qu'il y a d'être toute sienne, « que, si ce sentiment dure dans toute sa vigueur, il me con- « sumera. Jamais je n'eus des désirs si grands et des affections « si ardentes de la perfection évangélique. Il m'est impossible « d'exprimer ce que je sens, ni la grandeur de la perfection c où Dieu nous appelle. Hélas! à mesure que je me résous à H être bien fidèle à l'amour du Sauveur, il me semble que c'est « chose impossible de correspondre à toute la grandeur de c< l'attrait de ce même amour. Oh I que c'est chose pénible en « l'amour que cette barrière de notre impuissance! Mais « qu'est-ce que je dis? J'abaisse le don de Dieu par mes pa- « rôles, et je ne saurais exprimer ce sentiment d'amour qui a me sollicite en pauvreté entière, en humble obéissance et ft en parfaite pureté ^ »
» Mémoires de la mère de Chavgy, p. 131.
Enfin, le temps du noviciat touchant à sa fin pour la baronne de Chantai, mademoiselle Favre et mademoiselle de Bréchard, le saint évéque vint examiner chacune déciles sur leurs dispositions intérieures; et, les ayant trouvées non seulement résolues à continuer le genre de vie dont elles venaient de faire l'essai, mais encore remplies des vertus propres à rinstitut qu'il avait en vue, il fixa le jour de leur profession, détermina la matière et la forme de Thabit qu'elles porteraient, voulant que tout y respirât la simplicité et la pauvreté * . Dès lors les futures professes songèrent à parer leur chapelle pour le jour de la cérémonie; mais pour cela il fallait de l'argent, et elles n'en avaient d'autre que quelques pièces de monnaie que leur avait récemment apportées le saint évoque pour subvenir aux besoins des malades, en défendant de les employer à autre chose. Dans leur embarras, la sœur Favre et la sœur de Bréchard demandèrent avec instance à leur supérieure de se servir de cet argent, en alléguant qu'il serait prochainement remplacé par un don qu'avait promis le président Favre, et qu'ainsi les pauvres n'en souffriraient pas. La supérieure se laissa persuader; mais à peine la permission fut-elle accordée et l'argent dépensé, que tourmentée par la crainte d'avoir désobéi, elle se hâta, dès le soir même, d'écrire au saint évéque pour l'informer de ce qui était arrivé. Celui-ci fut profondément peiné de cet acte de désobéissance; et, dès le lendemain matin, il alla au monastère en faire la correction. Dès qu'il parut, madame de Chantai se jeta à ses pieds en lui demandant pardon avec une grande abondance de larmes. « Voilà, ma fille, répondit-il avec un visage grave et majes- « tueux, voilà la première désobéissance que vous m'avez « faite ; je n'en ai pas dormi une bonne partie de la nuit et « j'en ai ressenti un déplaisir que je ne saurais vous dé- « peindre. » A ces mots, la supérieure, profondément désolée d'avoir contristé son saint père, qu'elle révérait comme un
* Mémoires de la mère de Chaugy, [>. \.