SA RELIGION
La religion est une vertu qui, procédant d'un vif sentiment des grandeurs divines, nous porte à respecter profondément. Dieu et toutes les choses ou personnes sacrées en vue de Dieu. Animé de cet esprit, saint François de Sales ne prononçait jamais le nom de Dieu ou celui de Jésus-Christ qu'avec une profonde vénération; et il reprenait quiconque, en parlant ou en écrivant^ mêlait au discours ces noms sacrés comme des mots indifférents, ou par enjouement et sans raison suffisante. « Il « ne faut jamais, disait-il, parler de Dieu ou des choses qui « regardent la religion, tellement quellement, mais toujours (« avec grand respect, estime et sentiment ^. » Un jour on lui demanda ce que c'était que Dieu : « C'est, répondit-il, un « esprit infiniment supérieur à toute intelligence, qui est par- » tout sans être aperçu nulle part, comme l'âme est dans le « corps sans y être vue; et en vous disant ceci, ajouta-t-il d'un M ton grave et pénétré, je ne prétends pas vous dire ce qu'est « Dieu, mais plutôt vous faire entendre que je ne saurais le « dire, et que je suis un vrai rien devant cette immense honte (( que j'adore très profondément '. » Aussi c'était une de ses maximes qu'il fallait toujours traiter Dieu en Dieu, c'est-à-dire avec un souverain respect, qui toutefois ne devait jamais dégénérer en affectation. « Étant écolier à Paris, et bien jeune
* Dép, de sainte Chantai, art. 38.
5 Esprit de saint François de Sales, p. XII*, scct, x.
^ Le P. la Rivière, p. 410.
« garçon, raconte-t-il de lui-même % il me prît une ferveur « et une envie d*étre saint et parfait. Je commençai à me « mettre dans Timagination que pour cela il fallait que je re- « pliasse ma tète sur mes épaules en disant mes heures, « parce qu'un autre écolier, qui était vraiment saint, le fai- « sait : je le fis soigneusement quelque temps durant, et par « cela je n'en devins pas plus saint. » Instruit par cette expérience, il se tenait toujours et partout, seul comme en compagnie, dans une attitude digne et modeste, aussi simple que respectueuse, par honneur pour la présence de Dieu ; ce qui lui faisait dire qu'il était à son aise et sans contrainte devant les princes et les rois, parce qu'il était accoutumé à être en présence d'une plus haute majesté qui le tenait partout en respect*. Par le même principe, il ne parlait de l'action de Dieu dans Tunivers qu*avec un langage qui témoignait la vénération profonde dont il était pénétré, jusque-là qu'on ne Ta jamais entendu dire : « Il fait trop chaud , il fait trop froid, » ou autres paroles semblables, et qu'il reprenait ceux qui se permettaient ces réflexions, parce qu'elles lai semblaient une improbation du gouvernement de la Providence'.
S'il était à l'église ou s'il faisait quelque prière, ses yeux modestement baissés, son maintien profondément religieux et la splendeur de son visage, sur lequel la vivacité de sa foi et de son amour faisait rejaillir comme une lumière divine, révélaient à tous les regards plutôt un ange qu'un homme mortel. A l'oraison, on le voyait humilié et comme anéanti devant la majesté de Dieu. Dans la récitation du bréviaire, il était le plus souvent à genoux, parfois debout, se promenant doucement \ jamais assis, quelque las ou affaibli qu'il pût être par les travaux ou les maladies. Sa piété prenait plaisir à dire Tof-
1 DomJean de Saint-François, p. 494.
2 Manuscrit de la mère FicheL
5 Dép. de sainte Chantai, Art . 28. —Le P. la Rivière, p. 410. * Dom Jean de Saint-François, p. 170.