LIV. VII. — SA. RELIGION
fice avec le chapitre, il ne s'en abstenait jamais, à moins d'en être légitimement empêché. « Il était là dans sa stalle, dit un « auteur contemporains ainsi qu'une statue dans sa niche, c( sans se remuer, sans s'inquiéter, sans s'empresser, sans re- « garder ni çà ni là, sans s'occuper d'autre chose que de bien « prier, transportant tout bellement son cœur de verset en verce set, goûtant et savourant tout à son aise le miel des plus déli- « cates suavités que le Saint-Esprit y distillait; et, comme il « avait la voix assez forte, il chantait les louanges du Créateur « d'un ton mélodieux qui portait dans l'âme des personnes « présentes les sentiments de la piété. » Il n'était encore que prév6t du chapitre, que déjà il inspirait le respect par sa ma* nière de chanter distinctement et posément l'office canonial, et même il y introduisit l'usage de faire une pause assez longue à chaque verset. Son profond recueillement disait à tous les regards combien il révérait la divine majesté à laquelle il parlait, et son assiduité au chœur faisait comprendre combien il estimait ce haut mystère. L'évéque lui ayant demandé un jour s'il ne se mêlait pas un peu d'affectation dans ce recueillement et cette assiduité. « Je vous le dirai franchement, ré- «t pondit François, toute ma joie est d'être membre d'une si ce belle compagnie, et j'estime souverainement important de u faire l'office des anges en un tel chapitre. C'est d'ailleurs « une maxime consacrée, qu'il faut préférer les actions de comc< munauté aux particulières. Dieu est là où l'on est assemblé « en son nom. » Lorsqu'il ne pouvait chanter l'office avec le chapitre, il n'en allait pas moins à l'église, à une autre heure, autant que la chose lui était possible, pour remplir plus di-« gnement le grand ministère de la prière publique ; et s'il ne pouvait aller dire son bréviaire à Téglise, il choisissait pour le réciter un lieu où il ne fût pas exposé à être distrait. Mais, en quelque endroit qu'il priât, c'était toujours dans une attitude parfaite de respect, de dévotion et d'humilité, sans tour-
1 Le P. la Rivière, p. 117.
ner les yeux ou la tète ^ ; ce qui lui permit de dire à un de ses amis : « Souvent je suis si accablé d^aff aires, que je ne sais « où me tourner, ni par quel bout commencer; cependaat i( cela ne m'importune en aucune manière à Tofflce; jen*yai « jamais de distraction. Je m'imagine alors que je suis au ciel (( et que je chante les louanges de notre Créateur en la compa- « gnie des anges ; puis, au sortir du chœur» je trouve que ces « grandes affaires qui me donnaient tant de peine sont expé- « diées en un instant : c'est Notre-Seigneur qui fait tout cela. »
Il n'y avait pas jusqu'à un signe de croix que le saint prélat ne fit avec un profond respect; et il recommandait à tous d agir de même, blâmant fort ceux qui le faisaient légèrement et sans attention. Il avait même imaginé les plus gracieuses comparaisons pour exciter la piété des fidèles dans cet acte religieux. « Regardez votre cœur, leur disait-il^ comme un jardin (( où vous plantez l'arbre sacré de la croix, ou, si vous l'aimez u mieux, considérez-le comme une forteresse où vous arborez « l'étendard du grand roi, que vous ne devez rendre qa a « celui de qui est l'étendard, ou comme un cabinet que vous « fermez avec la clef de la croix, et que vous ne devez ouvrir A qu'à celui à qui la clef appartient'. »
Mais c*élait surtout à l'autel et dans les diverses fonctions du service divin que la religion du saint évéque était plas merveilleuse. Il faisait toutes les cérémonies avec tant de re« cueillement, de douceur et de sérénité, tant de gravité et de décence, qu'on ne pouvait le regarder sans admirer le respect profondément religieux où son àme était abtmée devant Diea^ Dans les processions auquelles il assistait, sa modestie angelique frappait tous les spectateurs et leur inspirait la piété. Lorsqu'il offrait le saint sacrifice, il était plus remarquable encore : alors telle était son attention, que, selon la confidence qu'il fit à sainte Chantai, il n'y éprouvait aucune distraction :
' Dép. (V Angélique Pesse, de Marrignier et de PoMsis,
^ Dép. de sainte Chantai j art. 28.
3 Ibid. — Esprit de saint François de Sales, ¥• p., sect. xix.