LIV. VII. — SA REUGION
image fidèle de Jésus-Christ, suprême sacrificateur, il avait tant de majesté comme prêtre et tant d'humilité comme victime, que c'était un spectacle ravissant de le voir à Tautel : il y tenait les yeux modestement baissés ; il prononçait toutes les paroles d'une voix médiocre et douce^ grave et posée, sans jamais se presser, quelque affaire qu'il eût : il prenait grand soin de ne pas manquer la moindre cérémonies et il fit même avertir un illustre prélat qui en omettait une peu considérable : « Car, disait-il, dans un si haut ministère, il faut s'assu- « jetlir à tout ce qui est prescrit » Admirable en tout, la religion qui le pénétrait se manifestait bien mieux encore aux moments solennels de la consécration et de la communion : alors il paraissait comme tout transformé en Dieu; Ton voyait sur son visage une candeur si pacifique, qu'il n'était personne qui n'en fût touché; et plusieurs, pour l'avoir vu communier, furent tellement saisis de vénération, que le sentiment leur en demeura vivant au fond de Tàme jusqu'à la mort. « Je l'ai « vu plusieurs fois, dit un témoin du procès de sa canonisa- « tion', offrir le saint sacrifice avec une telle religion que, « dans mon admiration , je ne pouvais m'appliquer à autre « chose qu'à le voir et à l'entendre. » « Je le contemplais alors, « dit un autre témoin^, comme un homme tout à fait extraor- <c dinaire; et sa très dévote et très modeste contenance inspi- « rait de la piété même aux plus indévots. »
Le sentiment de la religion était si vif en lui, qu'il se confessait tous les jours avant de monter à l'autel'* ; et, non moins zélé pour la décence extérieure que pour la pureté intérieure, il ne pouvait supporter les moindres irrévérences dans le lieu saint; il les reprenait, tantôt à l'instant même par un signe qui imposait silence ou commandait un maintien plus modeste, tantôt par un avis paternel.donnéà la sacristie ou hors del'é-
1 Bép.deiainle Chantai, art. 33, p. 118.
3 Dép, de Dumon,
s Dép, de Moccand,
* Dép. du chan. Gard et de Favre.
glise, quekfuefoismème en public, si la faute était publique : sa douceur ne pouvait garderie silence devant l'offense de Dieu.
II prêchait un jour à Paris dans Téglise des Minimes : Texorde fini, il s'aperçut que le saint Sacrement était encore exposé : il se lut et demeura debout dans un profond recueillement; après quelque temps, comme personne ne devinait la cause de son silence : « Ëh! de grâce, s'écria-t-il, si l'on « veut que je prêche assis et que je me couvre, que mon Mai- « tre soit couvert avant moi. » Ce qu'il dit d'un ton si pieux, que plusieurs en furent touchés jusqu'aux larmes, et tous en furent édifiés ^
La religion du saint évêque ne se bornait pas à Dieu seul : elle s'étendait encore à toutes les choses ou personnes qui portent un caractère sacré. Ainsi il vénérait profondément la sainte Ëcriture, et mettait au nombre des grâces les plus précieuses que le ciel lui eût départies celle d'en avoir reçu une intelligence particulière^. Il lisait avec grand respect tons les livres de piété, comme en étant le commentaire, et il disait que quand un livre ne contiendrait autre chose que le très saint nom de Dieu, c'en serait assez pour l'estimer et le traiter avec dévotion. Il vénérait également la parole de Dieu prèchée et regardait comme une des marques les plus sûres de prédestination d'aimer à l'entendre pour devenir meilleur. Aussi assistait-il aux sermons autant qu'il le pouvait, sans s'en dispenser jamais que pour cause grave, disant qu'il n'y avait rien de bon en lui, sinon qu'il aimait fort à entendre la divioe parole. Il y était très attentif, tenait le regard fixé sur le prédicateur sans tourner la tête ni se laisser aller au sommeil ', et il avait coutume de dire que jamais il n'entendait un sermon sans y apprendre quelque chose qu'il ne savait pas^. Après la
1 Année de la Visitation, 2 avril.
2 Dép. de sainte Chantai, art. 28.
3 Dom Jean de Saint-François, p. 189.
* Dép. de Afichel Favre. - Esprit de saint François de Sales, XI* p.? sect. XIV. — XV® p., sect. xxix.