‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 21 sur 292 · LIV. V. — CÉRÉMONIES DE LA. PROFESSION · texte numérisé non relu

LIV. V. — CÉRÉMONIES DE LA. PROFESSION

ange du ciel^ fut sur le point de s'évanouir, et on eut peii^e à la remettre de sa grande douleur.

Le jour de la profession étant arrivé, le saint fondateur, après avoir confessé ses trois chères filles, les entretint du sacrifice qu'elles allaient faire, avec des paroles toutes célestes, embrasées du feu divin qui le consumait; et, pendant qu'il parlait, on voyait reluire sur son visage une joie sainte mêlée d'une majesté et d'une gravité extraordinaires. S'étant ensuite revêtu de ses habits pontificaux et assis dans la chaire, il prononça un discours solennel où, comparant les trois personnes dont il allait recevoir la profession à ces trois grains de froment qui, portés par hasard en une certaine province et jetés en terre, se multiplièrent de telle sorte qu'en peu d'années tout le pays fut abondant en froment, il dit, comme par esprit de prophétie : « Nous verrons de même, je l'espère, ces trois « petites âmes, que la providence de Dieu a semées ici comme « en un petit coin de la terre, multiplier sans nombre; la di- « vine miséricorde les bénira d'une grande postérité et sera a glorifiée en elles. » La prédication finie, la supérieure et les deux sœurs Favre et de Bréchard firent leur profession avec une ferveur, une joie, qui avait quelque chose de céleste, et qni fit couler les larmes de tous les assistants. Ce fut alors que madame de Chantai, dans le transport de son allégresse et sans préméditation aucune, entonna par trois fois le verset auquel tout le chœur s'associa : « Hxc reçûtes mea in sxculvm « sxeuli; hic habitabo quoniam efegi eam : Voici le lieu de <« mon repos à jamais, le séjour de délices que mon cœur a « choisi; » d'où est venue à la Visitation la coutume de chanter ce verset après toutes les professions. La cérémonie qui se fit alors devint le type de ce qui se fit dans la suite et de ce qui se fait encore aujourd'hui, à cette différence près qu'au lieu des vœux qui se font maintenant, on ne fit qu'une simple offrande de soi-même à Dieu : car le premier dessein de François était d'établir, non un ordre religieux, mais un institut où il n'y eût d'autres liens que celui de la charité, qui est le

lien de la perfection. « Et certes, ajoute madame de Chantai M en racontant ceci, ce lien nous serrait aussi fortement, par u rintime résolution où nous étions de persévérer en cette « manière de vivre, qu'auraient pu faire tous les vœux du (( monde. » Toute la haute société d* Annecy, qui avait assisté à cette touchante cérémonie, voulut faire les compliments d*usage aux nouvelles Religieuses; mais le saint évêque ne le permit pas : « Retirons-nous, dit-il à la compagnie, laissons « ces nouvelles épouses de Jésus-Christ goûter en silence le « don de Dieu. »

Cependant tous n'approuvèrent pas également le nouvel ordre : un certain monde, qui n'entend rien aux œuvres de Dieu, en fit le sujet de ses plaisanteries et le voua au ridicule en face même du saint fondateur. Un jour que l'homme de Dieu, parlant à une personne de qualité, lui disait son dessein de faire murer une fenêtre du couvent qui donnait sur la rue : « Vous ferez bien, monseigneur, lui répondit celle-ci, car on « ne voit point de jour à votre entreprise ^ » D'autres, se raillant du peu d'austérités extérieures en usage à la Visitation, disaient « que ces Religieuses avaient trouvé le secret d'aller « en paradis par un chemin semé de roses sans épines, d y « entrer par une autre porte que celle de la croix et avec une « autre clef que celle que le fils de David portait sur ses épau- « les. » De mauvais plaisants allèrent même jusqu'à appeler le nouvel institut la Confrérie de la Descente de la Croix, parce que, disaient-ils, les Religieuses, en fuyant les souffrances, en avaient descendu Jésus-Christ ^ : et l'on prophétisait, que, le jour où viendrait à manquer, soit l'évêque, soit madame de Chantai, l'œuvre croulerait par terre et s'en irait en fumée.

Le saint prélat consulta sur tous ces jugements du monde un célèbre Jésuite, le père Ignace Armand : « Monseigneur, « lui répondit celui-ci, on dit que vous élevez un hôpital plu-

^ Dèp. (VAiujéUquc de la Pesse.

- Esprit (le saint François de Saies, V« p., soct. vu.

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