L, VII. — SA DÉVOTION A S. JOSEPH ET AUX SS. ANGES
Après Marie, saint Joseph occupait la première place dans les affections du saint évéque. La veille de sa fête, il jeûnait au pain et à Feau ; le jour, il célébrait une messe solennelle où il invitait les musiciens d'Annecy; il prêchait à roffice du soir et s'étendait avec délices sur Téloge du saint, qu'il appelait le glorieux père de notre Sauveur et de notre amour, son premier adorateur après Marie, l'époux de la Reine du monde', le modèle le plus accompli de la fermeté chrétienne parmi les accidents de la vie et de l'obéissance due à Dieu et à l'Église ^, le type de la virginité, de l'humilité et de la constance^ : « 0 Dieu! disait-il, qu'il fallait que ce saint fût bon « et droit de cœur, puisqu'il lui a été donné de posséder la « Mère et le Fils! Avec ces deux trésors, il pouvait faire envie « aux anges, et défier le ciel tout ensemble d'avoir plus de « bien que lui : car qu'y a-t-il entre les anges de comparable '< à la Reine des anges, et qu'y a-t-il en Dieu plus que « Dieu'*? » Enfm il voulut que ce grand saint fût le patron de l'institut de la Visitation et le protecteur particulier du monastère d'Annecy.
Il avait aussi une dévotion spéciale pour les anges gardiens ; il relève bien haut, dans son troisième entretien, l'estime que nous devons faire de leur assistance, et il avait en particulier pour le sien un grand respect mêlé d'une tendresse égale, se fondant sur cette pensée qui réjouissait sa piété, que cet ange privilégié accompagnait Tarchange Gabriel dans le mystère de l'Annonciation, qu'il avait chanté dans les cieux Glariu in exceUis la nuit de Noël, tenu compagnie à Notre-Seigneur dans la crèche et au désert. Lorsqu'il entra dans le Ghablais, il salua l'ange de la province; lorsqu'il conférait avec les hérétiques, il saluait leur bon ange et se recommandait à sa protection ; quand il prêchait, il faisait une longue pause après
I Année de la Visitation, 19 mai*s.
s Entretien III*.
« Panégyrique de saint Joseph.
* Lettre cxliv*.
VAve Maria, promenant ses regards sur tous les points de Tauditoire; et, un de ses chanoines lui en ayant un jour demandé la raison : <( Je salue, leur répondit-il^ Tange de chacun « de mes auditeurs, et le prie de préparer le cœur de ceux (( dont il a la garde : j'ai reçu de très grandes faveurs par « cette pratique ^ » EnQn, lorsqu'il rétablit les ermites do mont Voiron, il leur prescrivit la récitation journalière des litanies des saints anges et les mit sous la protection du chœur des Principautés ^.
Quant aux saints que TËglise honore de son culte, il les vénérait tous, il aimait et recommandait la lecture de leurs vies, qu'il appelait l'Évangile en action 3; mais il vénérait entre eux, d'une manière particulière, ceux qui avaient le plus travaillé, ou le plus souffert pour Dieu et pour TÉglise, comme saint Pierre, les deux saints Jean, seûnt Louis^ saint Thomas d'Aquin, saint Bernard, saint Charles, dont il avait arrosé le tombeau de ses larmes en le suppliant de lui enseigner à gouverner le diocèse de Genève comme il avait gouverné celui de Milan ; par la même raison, il chérissait saint Ignace, pour lequel, disait-il, il avait conçu une tendre inclination pendant ses études à Paris, à Padoue et plus spécialement à Rome, en visitant son sépulcre; saint François-Xavier, qu'il appelait le grand modèle des missionnaires; saint François de Paule, dont il portait ostensiblement le grand cordon, qu'il avait reçu à Grenoble des mains du père de Billy ; saint Dominique, ce père de tant d'apôtres, apôtre lui-même; saint Sébastien, patron de la chapelle du château de Sales * ; sainte Thérèse qui avait renouvelé dans le monde la dévotion à saint
1 Dép. de François de la Pesse.
* Dép. de François Favre,
3 Esprit de saint François de Sales, XI« p., sect. xvii.
* Année de la Visitation, 20 janvier. Comme Técriteau où était inscrit le nom de Chrétien, et qui était placé sur la poitrine de saint Sébastien, le désignait aux flèches des bourreaux, ainsi, disait le saint prélat, la croix qui brille sur la poitrine des évoques les désigne à Tunivers pour les serviteurs de Jésus-Christ, en butte aux conti'adictions du mondi*.