A DOUCEUR
La douceur résume en quelque sorte toute la vie de saint François de Sales : c'est cette vertu qui a fait, depuis son enfance jusqu'à son dernier soupir, son caractère distinctif. S'il a fait de si grandes choses, c'est par Tempire de sa douceur; s'il a converti tant de pécheurs et d'hérétiques, élevé à la perfection tant d'âmes justes, consolé tant de cœurs affligés, c'est par l'onction de sa douceur ; si enfin les livres qu*il a composés ont fait et font encore tous les jours tant de fruit dans l'Église, c'est parce que la douceur s'y montre à tontes les pages et semble elle-même en avoir écrit toutes les lignes.
Cependant la douceur n'était point née avec lui, si je pois ainsi parler. Il était d'un tempérament fort sanguin, par conséquent naturellement vif, impatient, colère^, et il nous apprend lui-même qu'étant évêque, il laissa une fois son caractère s'échapper : « Il ne faut jamais, dit-il dans sa lettre sur « la prédication ^, témoigner de colère en prêchant, comme « je fis le jour de Notre-Dame, quand on sonna avant que « j'eusse achevé. Ce fut une faute sans doute avec plusieurs « autres. » Un autre jour qu'il avait été gravement insulté sans opposer un seul mot à toutes ces injures, son frère lui ayant demandé s'il n'avait ressenti en lui-même aucun mouvement d'indignation : « Àh! répondit-il, je sentais la colère
ï Dép, de sainte Chantai, art. 32, p. 107. * Dom Jean de Saint-François, p. 383.
» Lettre lxii*.