‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 210 sur 292 · LIV. VIL — S\ DOUCEUR · texte numérisé non relu

LIV. VIL — S\ DOUCEUR

<c bouillonner dans mon cerveau, comme Teaudans un vase « sur le feu *. » Mais, à force d'examens de conscience, continués pendant vingt-deux ans entiers, à force de vigilance, de combats et de victoires sur lui-même, à force, comme il le disait, (c de prendre sa colère au collet, de la gourmander et « de la fouler sous les pieds, » il vint à bout de maîtriser son humeur, jusqu'à être vraiment, comme Moïse, le plus doux des hommes de son temps, et à pouvoir dire, en apprenant que quelqu'un l'accusait de s'être mis en colère : « Je suis « un chétif homme, sujet à passion; mais, par la grâce de 4' Dieu, depuis que je suis berger, je n'ai jamais dit parole « passionnée de colère à mes brebis ^. »

Ce n'était point chez lui cette fausse douceur dont la politesse mondaine fait tous les frais, au prix de quelques paroles et manières gracieuses, mais bien cette douceur vraie et naïve qui part du cœur et est comme la fleur de la charité ; celte douceur qui est bonne parce qu'elle aime, qui remplit l'àme de tendresse, d'indulgence et de miséricorde, et de là répand sur tout l'extérieur une grâce simple et sans fard, un air de cordialité sagement tempéré, fruit d'une affection toute sainte ^.

Ce n'était pas non plus cette réserve timide et embarrassée, qui ne se fâche point parce qu'elle n'ose; encore moins cette apathique indifférence qui ne s'émeut de rien, parce qu'elle ne sent rien; qui ne hait rien, parce qu'elle n'aime rien; qui cède toujours, parce que tout lui est égal : c'était une douceur pleine d'âme et de sentiment, mais en même temps pleine de modestie et de gravité, qui descendait rarement jusqu'aux caresses : car, disait-il, « il ne faut pas fréquemment user de caresses; > « ni à tout propos dire des paroles emmiellées, les jetant à « belles poignées sur les premiers qu'on rencontre *. » C'était

1 Année de la Visitation, 2 septembre.

* Année de la Visitation, 17 mai. — Lettre ccclxxxix».

3 Esprit de saint François de SaleSy XII* part., sect. viii. — XI* part., soct. xxxii. — X* part., sect. ix.

* Ibid., XV* part., sect. m.

enfin une douceur noble, digne et majestueuse, qui saisissait tous ceux qui en étaient témoins d'un esprit religieux où le respect et Tamour avaient une part égale. « J*ai connu, dît (( M. de Belley^ , des personnes de qualité, habituées à con- « verser avec les princes et les princesses, qui m'ont avoué « qu'elles se composaient avec plus d'attention devant le saint (c évèque que devant les plus hautes dignités de la terre, tant « sa douceur était pleine de majesté. »

Cette vertu en lui se produisait au dehors par une bénignité de visage, une affabilité de manières, une suavité de langage, qui rendait agréable tout ce qu'il faisait et disait. i< Je ne « pense pas, dit sainte Chantai, qu'on puisse exprimer par « des paroles cette exquise douceur que Dieu avait répandue « ensonâme,enson visage, ses yeux et ses paroles... » — «On « ne voit jamais M. de Genève, disait le baron de Cusy, qu'avec « un visage si doux et si suave, qu'il répand la dévotion dans « le cœur. » Et un autre témoin ^ ajoute : « Il me semble que « toute la mansuétude qui peut être en un homme était rasce semblée en lui : jamais je ne pouvais me rassasier de le voir <( et de l'entendre, tant il était doux et agréable, ne faisant « jamais une action, ni ne proférant une parole qui ne fût « détrempée dans la douceur de Notre-Seigneur. » De là ce cri du cœur de saint Vincent de Paul : « 0 mon Dieu ! si mon- « seigneur de Genève est si bon, qu'il faut donc que vous le « soyez vous-même ! »

Il est des personnes fort douces dans le commerce ordinaire de la vie, mais qui, mises à l'épreuve de la controverse et de la dispute, se démentent et laissent voir l'homme avec ses vivacités. Il n'en était point ainsi de notre saint: dans ses disputes comme dans ses écrits contre les hérétiques, il observait toujours la modération, la politesse, les ménagements que prescrivent la science des égards et les règles de la charité; tou-

ï Esprit de saint François de Sale-^, XIV* part., sect. xxiii. * Dép. de Lesmontex,

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