‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 22 sur 292 · LIV. V. — ON CENSURE LE NOUVEL ORDRE · texte numérisé non relu

LIV. V. — ON CENSURE LE NOUVEL ORDRE

« tôt qu'un monastère. Mais ainsi est fait le monde, il faut « qu'il trouve à redire en tout. Nous avons des monastères « sévères, et le monde leur reproche une indiscrète rigueur. « Par votre Visitation, qui n'est ni trop douce pour les fortes « ni trop âpre pour les faibles, vous élevez des imitatrices de « la bénignité du Verbe humanisé qui ne rejetait personne; et « les enfants du monde censurent cela! Tètes vides des maxit< mes du crucifix, qui ne savent pas ce que coûte à la nature « cette parole : mourir à soi pour vivre à Dieu, renoncer à soi- « même pour porter sa croix... On trouve dans votre dessein « la pauvreté de Bethléem et les raisonnables commodités de 'i Nazareth, la solitude du désert et Ja douce conversation de « Béthanie; enfin l'on voit dans madame de Chantai la resi< semblance du Sauveur, pauvre, doux, bénin, cordial, caché, « retiré, priant, conversant, aimant la solitude, servant le pro- « chain, glorifié au Thabor, crucifié au Calvaire. »

Encouragé par ces bonnes paroles, le saint fondateur, au milieu de toutes les critiques, adora en paix et confiance la Providence divine, qui des plus faibles commencements fait sortir souvent les plus grandes choses. « Quand la Providence, « disait-il, a fait connaître ses desseins, il faut aller en avant, » quoi qu'en disent les hommes. Les opprobres ne sont point » à craindre là ou il y a profit pour les âmes; et, quand cet « établissement n'aurait servi qu'à empêcher un péché mortel, « je serais content. Les hommes, ajoutait-il, pensent qu'à ma 41 mort tout croulera; mais notre Mère, qui ne meurt pas et <i qui règne à jamais dans les cieux, est plus puissante pour « les soutenir que tous les hommes ensemble pour les dé- « truire. » La mère dontil voulait parler était la sainte Vierge, laquelle, en effet, les soutint si bien, qu'en moins de soixante ans Tordre compta cent vingt monastères ^

11 n'y avait que cinq semaines, que le saint évéque avait reçu la profession de ces nouvelles Religieuses, lorsque mourut le

ï Dép. de Myncel.

président Frémiot : ce fut pour lui une immense douleur. Il perdait dans ce magistrat éminent un ami dévoué ; et, pour un cœur comme le sien, une telle perte était un déchirement Il avait de plus à annoncer cette triste nouvelle à la mère de Chantai, et il savait tout ce qu'en souffrirait son cœur filial. 11 s'arma de courage pour aller remplir cette douloureuse mission, et dès que, par des ménagements délicats, il fut arrivé à lâcher la terrible parole : « Votre père n'est plus. — Hélas! « reprit-elle, comment est- il mort? — Très saintement, ré- « pondit François, et entre les bras de son fils l'archevêque « de Bourges. — Dieu soit béni! » ajouta-t-elle; et, rassurée ainsi sur le sort éternel de son bon père, soutenue par la parole comme par la présence vénérée de son saint directeur, elle ne se laissa point abattre par ce rude coup; elle parul calme et maîtresse de sa douleur. Mais, quand elle fut seule, livrée à elle-même, la sensibilité naturelle reprit bientôt le dessus, la tendre fille pleura amèrement; puis^ la douleur, qui est ingénieuse à se tourmenter, étant venue lui mettre dans l'esprit que sa retraite avait peut-être avancé la mort de son père, que si elle eût différé d'un an sa sortie du monde, elle aurait pu lui rendre les derniers devoirs, toute son âme fut bouleversée, et elle se trouva en proie à un trouble poignant semblable au remords. Dans sa désolation, elle tombe à genoux devant Dieu, prononce un acte d'abandon de toute sa personne à la volonté divine, et à l'instant la paix succède au trouble, la lumière aux ténèbres. Dans une circonstance si douloureuse, François, attentif à c^ qu'exigeaient les devoirs de nature et les intérêts de famille, crut nécessaire d'envoyer en Bourgogne la sainte supérieure pour aviser aux affaires et à l'éducation du jeune baron de Chantai, dont s'était chargé le président Frémiot. En conséquence, après avoir renouvelé entre les mains du pieux fondateur le vœu de pauvreté, après avoir reçu à la profession quatre nouvelles sœurs, les sœurs Roget, de Chastel, Fichet, Milletot, et avoir nommé vice-supérieure pendant son absence la sœur de Bréchard, madame

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