UV. VII. — SA DOUCEUR
« dit un jour l'un deux% François de Sales ira en paradis; u mais, pour Tévéque de Genève, je ne sais : je crains bien que « sa douceur ne lui joue un mauvais tour. — Ahî répondit-il, <( il vaut mieux avoir à rendre compte de trop de douceur « que de trop de sévérité^. Dieu n'est-il pas tout amour? Dieu «< le Père est le Père des miséricordes; Dieu le Fils se nomme «« un agneau; Dieu le Saint-Esprit se montre sous la forme ^< d'une colombe, qui est la douceur même. S'il y avait quelque « chose de meilleur que la bénignité, Jésus-Christ nous Tau* « rait dit, et cependant il ne nous donne que deux leçons à « apprendre de lui : la mansuétude et l'humilité de cœur. Me « voulez-vous donc empêcher d'apprendre la leçon que Dieu u m'a donnée, et êtes- vous plus savant que Dieu? — Mais, lui « disait-on, ce sont des apostats, des hommes perdus, indignes « de vos caresses. » A ces mots, son cœur se serrait de douleur ; il s'écriait en levant les yeux au Ciel : « Hélas ! il n'y a donc « que Dieu et moi à aimer ces pauvres pécheurs! On veut que « je les traite durement parce qu'ils sont pécheurs, comme » s'ils n'étaient pas, par là même, plus dignes de compassion " et de tendresse. On veut que j'oublie que ce sont mes brebis, » que je refuse mes larmes à ceux auxquels Jésus-Christ a « donné tout son sang; et à qui donc ferais-je miséricorde, si- <« non aux pécheurs? Non, je n'ai point lecœur assez dur pour « traiter avec rigueur mes enfants et mes chères entrailles. « Un jour viendra peut-être, qu'ils se changeront en agneaux « et seront plus sainls que tous tant que nous sommes : si on « eûtrepoussé Saul , on n'aurait point eu saint Paul. Dieu veut « me les envoyer pour les guérir, voulez-vous que je refuse « Dieu?Je sais bien que je suis leur évêque, mais j'aime mieux « leur montrer que je suis mère. Que celui qui aime la rigueur « s'éloigne de moi, car je n'en veux point avoir. » Tant de bonté déterminait les pécheurs à déposer le far-
ï Le P. la Rivière, p. 481.
* Esprit de saint François de Sales, XIV part., sect. xxxii.
deau de leur conscience dans le sein de Thomme de Dieu; el c'était alors que son cœur se fondait plus encore en douceur : il les pressait par de douces insinu^ttions de tout lui dire ; et, quand la confession était finie, il les consolait et les encourageait. Un jour qu'il parlait ainsi avec une grande effusion de tendresse à un pénitent qui venait de lui faire Thumiliant avea de tous les désordres de sa jeunesse : « C'est sans doute par « compassion que vous me parlez de la sorte, lui dit celui-ci; '( maisi dans le fond de votre âme, vous devez bien me mé- « priser. — Je serais bien coupable, reprit le saint évêqoe, « si, après une si bonne confession, je vous tenais encore « pour pécheur : je vous vois, au contraire, plus blanc que la (c neige, semblable à Naaman au sortir du Jourdain. Je vous « aime comme mon fils, parce que mon ministère vient de « vous faire renaître à la grâce, et je vous estime autant qoe « je vous aime, parce que d'un vase d'ignominie que vous « étiez, vous êtes devenu un vase d'honneur et de sainteté. « Oh! que votre cœur m'est cher, maintenant qu'il aime Dieu « tout de bon M »
Interpellé à peu près de la même manière par une pénitente qui lui avait fait l'aveu d'une vie fort licencieuse : « Je vous « regarde maintenant comme une sainte, lui dit-il. — Mais, « reprit celle-ci, votre conscience vous dit le contraire. — « Non, répliquà-t-il, je vous parle selon ma conscience : avant « votre confession je savais sur votre compte bien des choses « fâcheuses qui se débitaient par le monde; je m'en affligeai « tant à cause de l'offense de Dieu que dans l'intérêt de voire u réputation, que je ne savais comment défendre; maismain- « tenant j'ai de quoi répondre à tout ce qu'on pourra dire « contre vous. — Mais, mon père, le passé demeure toujours « véritable. — Nullement; si les hommes vous jugent comme « le pharisien jugeait sainte Madeleine après sa conversion, « vous aurez Jésus-Christ et votre conscience pour défen-
i Esprit de saint François de Sales, X« part., sect. xi.