‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 214 sur 292 · LIV. MI. ~ SA DOUCELR · texte numérisé non relu

LIV. MI. ~ SA DOUCELR

« ils ne se rompront pas '. Bienheureux les hommes doux, ils « posséderont la terre, c est-à-dire qu'ils seront les maîtres « des cœurs, et toutes les volontés seront entre leurs mains. « Il faut, disait-il encore, agir sur les âmes comme font les « anges, par des mouvements gracieux et sans violence^; il •« faut les attirer, mais à la manière des parfums qui n'ont « d'autre pouvoir pour attirer à leur suite que leur suavité; « et la suavité, comment pourrait-elle tirer, sinon suave- « ment? Il faut enfin imiter l'exemple de Jésus-Christ qui, se « tenant à la porte des cœurs, presse l'ouverture sans la for- « cer jamais ^. »

Le théâtre le plus ordinaire de sa douceur, c'était la prison del'évéché, où, selon la discipline de cette époque, on reniermait les ecclésiastiques qui donnaient quelque scandale. Lorsqu'ils pouvaient parvenir à lui parler, ils obtenaient presque toujours leur grâce : son cœur si bon ne pouvait résister à leurs instances; mais, le plus souvent, ce n'était qu'après les avoir convertis par l'ascendant de sa douceur. Un d'entre eux ayant demandé avec larmes une audience du saint évéque, les officiers de la prison refusèrent d'abord d'accéder à sa prière, estimant que sa faute méritait une punition exemplaire; mais enfin, cédant à ses instances, ils le présentent à François : aussitôt le coupable se jette à ses pieds, crie miséricorde et promet de changer de vie : « Ah! c'est moi, « reprend le saint évéque tombant à genoux à son tour de- « vant le prisonnier, c'est moi qui vous conjure, par la misé- " ricorde de Jésus-Christ, d'avoir pitié de moi, de tout le « clergé de ce diocèse, de l'Église et de la religion, que vous « compromettez par votre conduite, de vous-même et de votre «< âme, que vous perdez pour une éternité; je vous le de- « mande par tout ce qu'il y a de plus sacré au ciel et en la

^ Exprit de saint François de Sales, III® part., socl. xxin. — XIT part., sect vu et viii.

2 Lettre à sainte Chantai, 14 octobre 1604. 2 Esprit de mint François de Sales, VII* part., sect. xi.

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