Y» DE 8. FR. DE SALES. — II
« terre, par le sang de Jésus-Christ que vous foulez aux pieds, <( par Tamour du Sauveur que vous cruciûez de nouveau, par « Tesprit de grâce auquel vous faites outrage, réconcilie!- « vous avec Dieu par une sincère pénitence. » Ces douces remontrances touchèrent si fort le coupable, que dès lors il changea de vie et devint un modèle ^
Un autre lui ayant également fait demander audience, les officiers ne voulurent point y consentir; le saint évéque l'apprit : « Ëh bien, leur dit-il, si vous lui défendez de paraître « devant moi, vous ne me défendrez pas de paraître devant « lui : vous ne voulez pais qu'il sorte de prison, j'irai l'y « trouver. » Il y va en effet, et, voyant ce pauvre homme i ses pieds, il le relève, le serre dans ses bras, le bsdse affectueusement avec larmes, et, se tournant vers les officiers : « Vous ne voyez donc pas, leur dit-il, que Dieu a pardonné à « cet homme? et, si Dieu le justifie, qui le condamnera? Ce (( ne sera pas moi... Allez, mon frère, dit-il au coupable, allez « en paix, et ne péchez plus; je reconnais que vous êtes vrai- « ment repentant. — Il vous trompe, dirent les ofïîciers, c'est a un hypocrite. — S'il me trompe, dit le saint prélat, il se « fait plus de tort qu'à moi ; mais je le crois franchement contt verti, et je consens à être caution pour lui. — Monseignear, « dit le prisonnier tout en pleurs, qu'on m'impose telle péni- « tence qu'on voudra, je suis prêt à tout; aucune pénitence « n'égalera ma douleur d'avoir péché, et je me démets libre- « ment de mon bénéfice, si vous le jugez à propos. — J'en se- « rais bien fâché, reprit François ; d'autant que j'espère que le (c clocher, qui, en tombant, a écrasé l'église par son scandale, « l'ornera désormais, étant remis sur pied. » La prédiction du saint évêque se trouva véritable, et il tira de là cette mémorable conséquence, « qu*on fait des pénitents par la douceur et « des hypocrites par la sévérité^. »
J Esprit de sa bit François ik Sales, I^« pari., secl. vi. '•* Ibid., V i)art.,sect. xi.