‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 23 sur 292 · LIV. V. — MADAME DE CHANTAL RETOURNE A DIJON · texte numérisé non relu

LIV. V. — MADAME DE CHANTAL RETOURNE A DIJON

de Chantai partit pour Dijon. Pendant toute la route elle ne changea presque rien à sa vie de cloître : exacte à tous ses exercices, toujours recueillie en Dieu, toujours fidèle à mortifier la curiosité qui dissipe, et en même temps toujours gracieuse, douce, aimable, prévenante, gaie même quand il le fallait; jamais à charge à personne, jamais chagrine. Son arrivée à Dijon fut comme une fête pour toute la ville, et son séjour y fut un spectacle de continuelle édification : sa modestie et son humilité, sa charité et sa douceur, le rapprochement de ce qu elle avait été dans le monde avec la vie pauvre qu'elle avait embrassée, parlaient à tous les cœurs plus éloquemment que les plus beaux discours. Là, elle mit ordre à tous les intérêts de sa famille avec une habileté qui prouvait que la piété bien entendue n'6te rien à Tintelligence des affaires; elle alla consoler son beau-père et tous les siens; et, sa mission remplie, elle ne songea plus qu^au retour, se regardant dans son pays comme dans une terre étrangère. Ses parents voulurent 8*y opposer : les uns, faisant valoir des raisons de conscience, soutenaient qu'elle était obligée comme mère à ne pas abandonner ses enfants et le soin de leurs affaires; les autres, plus violents, prenant le langage de la colère, prétendaient que c^était un déshonneur pour sa famille de voir une personne de son rang cachée, disaient-ils, sous deux aunes (Tétamine, et qu'on devrait mettre son voile en mille pièces. Aux premiers la sainte veuve répondit avec douceur que d'Annecy elle surveillerait les intérêts de ses enfants et qu'elle ferait d'ailleurs le voyage de Bourgogne toutes les fois que la nécessité le demanderait. Aux seconds elle fit en souriant cette ferme réponse : « Qui aime mieux sa couronne que sa tète ne perce dra point l'une sans l'autre, » témoignant par là qu'elle perdrait plutôt la vie que son voile, qu'elle regardait comme sa couronne. Elle partit donc de Monthelon, après quatre mois de séjour en Bourgogne; et s'étant arrêtée, dès la première journée de son voyage, dans une chapelle qui se trouvait sur la route, pour y assister au saint sacrifice, elle y fut favorisée

d'une extase où, voyant le plaisir que Dieu prend dans une âme parfaitement pure, elle eut Tinspiration de s'engager par vœu à faire toujours ce qui lui semblerait le plus parfait. Arrivée à Annecy, elle conféra de ce vœu avec le saint évêque, et sur son avis favorable elle le prononça avec une ferveur qui ne peut être comprise que par une âme aussi sainte que la sienne.

Sa communauté, pendant son absence, avait été douloureusement éprouvée par la maladie; et la sœur de Bréchard, comprenant dignement les devoirs de la supériorité, s'était dévouée aux soins des infirmes jusqu'à compromettre sa santé par ses travaux excessifs et mériter d'être modérée par ces paroles si bonnes que lui écrivait le saint évêque^ : a Je vous « recommande de prendre du repos, de laisser du travail aux « autres et de ne pas prétendre à toutes les couronnes. Dans u la maladie des personnes chères, Dieu nous menace sou- « vent sans avoir dessein de nous frapper. Il faut, dans tous « les tristes événements, attendre avec confiance un bon suc- « ces, non de nos soins, mais de la bonté de Dieu. » Les Religieuses, en effet, étaient revenues peu à peu à la santé : une seule, la sœur de Ghastel, avait été désespérée; mais, le saint évêque étant venu lui administrer rextréme*onclîon, elle avait paru tout à coup, pendant la cérémonie, comme sortir d'un profond sommeil^ avait regardé avec surprise les assistants et éprouvé un mieux sensible; puis, ce digne père ayant passé toute la nuit suivante en prière pour obtenir sa guérison parfaite, le mieux s'était accru ; et la malade, touchant à l'état normal, avait reçu cette lettre du saint évêque : « Cou- « rage, ma très chère fille! courage, au nom du Seigneur! a Tâchez de reprendre vos forces pour servir de nouveau note tre divin Maître, afin que, quand notre chère mère revienn dra, elle nous trouve tous tels qu'elle désire nous trouver. a Si nous vous eussions laissé mourir, son cœur en aurait

1 Lettre ccxxxv'.

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