‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 223 sur 292 · LIV. VII. — SON ZÈLE · texte numérisé non relu

LIV. VII. — SON ZÈLE

a que cette désertion m*est sensible^ ! » La première fois qu'il célébra pontificalement dans sa cathédrale la fête patronale de Saint- Pierre aux Liens, il ne put retenir ses larmes; et, après l'oflice, il se relira dans la chapelle de Sainl-Pierre pour y pleurer à son gré. Son frère, Louis de Sales, lui ayant demandé la cause de sa douleur : « Hélas! dit-il, je vois monÉglise c< de Genève dans les liens de Thérésie et du péché ; et, au lieu « d'avoir un ange pour rompre ses liens, elle n'a que moi, « votre frère, misérable pécheur. Oui, disait-il à sainte Chantai '< dans une autre circonstance, les liens de saint Pierre, aux- « quels mon église est dédiée, enchaînent étroitement mon « cœur et le pressent de leurs étreintes lorsque je vois que c< la divine Providence a permis que mon diocèse fût le siège « de l'hérésie^. » Jamais on ne chantait au chœur, ou il ne récitait dans son office le psaume des Israélites exilés à Babylone, Super flumina Babylonis, que les larmes ne lui vinssent aux yeux, au souvenir de sa chère Genève, dont il se voyait banni, non pas qu'il en désirât les richesses, mais parce qu'il s'affligeait de voir tant d'âmes se perdre. « Da mihi « animas, disait-il, cxtera toile tibi : Donnez-moi les âmes, « je ne tiens à aucune autre chose ^. »

D'un autre côté, la joie de son cœur était incomparable quand il voyait les âmes se convertir et se donner entièrement à Dieu, comme il le raconte lui-même dans une lettre qu'il écrivait à sainte Chantai, au sortir d'une mission où il avait confessé sans relâche le jour et la nui t. « J'estime ces jours au u poids de l'or, lui disait-il. Oh! que j'ai été consolé delà <« conversion d'un grand nombre d'âmes ! J'ai moissonné dans « des larmes, partie de joie, partie d'amour, au milieu de tous « mes chers pénitents. 0 Sauveur de mon âmeî quelle joie Ci de voir, entre autres, un gentilhomme de vingt ans, brave « comme le jouf , vaillant comme Tépée, revenu à la religion

i Lettre dcxliii*.

2 Année de la Visitation, l" août.

3 Effprit de saint François de Sales, V* part., sect. xx.

(( catholique, accuser si saintement tous ses péchés, qu'on « voyait clairement Taction de la grâce et ses ressorts secrets, « relevés et admirables pour le ramener dans la voie do « salut ! J'en étais hors de moi; et que de baisers de paix je « lui donnai M »

Aussi toute la vie de cet homme apostolique fut une immolation continuelle de soi au bien des âmes, jusque-là qu'il laissait le service qui regardait immédiatement Dieu, poar se porter là où l'appelait le service du prochain, et qu'il disait souvent que son bonheur serait de mourir pour convertir les âmes ou d*élre envoyé par le Pape aux Indes, au Japon, à Nicopolis, dont il avait porté le titre comme coadjuleur, pour y prêcher la foi au péril de sa vie ^. « Ne craignez point de « m'importuner, écrivait-il à un abbé^, j'ai sacrifié ma vie et « mon âme à Dieu et à son Église : qu'importe que je m'io- « commode, pourvu que jaccommode quelque chose au salut (( des âmes? La charité n'a point de peine qui ne soit bien- « aimée : Vbi amatur, non laboraiur; vel si lahoralur, labor « amatur. » « Ah ! écrivait-il à un curé de son diocèse en lui « parlant de la conversion d'un hérétique, que ne donne- « rais-je pas pour le salut de cette pauvre âme? Vive Dieu^en « présence duquel je parle ! je voudrais donner ma peau pour « la revêtir, mon sang pour oindre ses plaies, et ma vie lem- « porelle pour la préserver de la mort éternelle. »

La joie suprême en ce monde, à son avis, était de gagner une âme à Dieu. « J'aimerais mieux, disait-il, quitter les mi- « très et les crosses, quand j'en aurais mille, que le soin des <( pécheurs. » Quelquefois, dans ses voyages, il descendait de cheval pour consoler et confesser, au milieu des champs, de pauvres gens qui désiraient lui dire leurs peines * ; et, quand ses compagnons de voyage s'en plaignaient : « Je suisévèque

ï Lettre cn«.

2 Dép. de Lan gin.

8 Lettre cc.xxi*.

* Dép. de Afoquel.

Page 1