LIV. VU. — SON ZÈLE
« pour les pécheurs, leur répondait-il, pasleur pour les brebis « malades, médecin pour les infirmes. » Un jour, ayant rencontré sur sa route un pauvre étendu parterre, il s'approche de lui, reconnaîtavec douleur qu'il estblessé à mort, mais que son âme est encore plus malade que son corp s : car ce malheureux, au lieu de songer à l'éternité, où il était près d'entrer, ne faisait que maudire son ennemi, jurer qu'il se vengerait et dénoncerait l'attentat au juge criminel. « Mon ami, lui dit le « saint évoque, vous avez plus besoin d'un prêtre et d'un mé- « decin que du juge criminel : je me charge de faire venir leméc( decin; mais, en attendant, je vous en conjure, mettez ordre « à votre conscience. » Et aussitôt, se mettant par terre à l'oreille de l'infortuné , il entend sa confession, lui fait déposer toute pensée de vengeance, et ramène dans son âme, avec le bonheur de l'innocence recouvrée, le calme de la résignation. Par le même principe de zèle, il aimait à visiter les malades et avait une grâce spéciale pour cet office de charité. Appelé un jour auprès d'un malade désespéré qui ne voulait recevoir ni médecin ni prêtre, il se présente, et sa vue seule touche le moribond. Ce malheureux, par un suprême eiïort, s'élance de son lit en s'écriant : « Ahl que n'êtes-vous venu plus tôti » Il se jette à ses genoux, les embrasse fortement, fait sa confession, reçoit les sacrements, et expire peu après en disant : « Béni u soit Dieu qui me fait la grâce de mourir entre les bras de « mon père et de mon saint évêque! » Il ne se lassait point, raconte l'évêquede Belley, d'aller souvent porter aux malades des paroles de salut, et il remplissait ce ministère à la manière des anges par de douces et suaves inspirations, leur disant de temps en temps de petits mots bien choisis, des oraisons jaculatoires fort courtes, qu'il leur faisait ensuite proférer de bouche s'ils le pouvaient et de cœur s'ils ne pouvaient mieux faire ; il se conduisait de même à l'égard des criminels condamnés à mort, pour les aider & bien mourir : après avoir entendu leur confession, il retournait souvent les voir pou ries préparer au dernier passage, et leur suggérait par intervalles des actes
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de foi, d'espérance, de charité, de contrition, de résignation à la volonté de Dieu, d'abandon à sa miséricorde : « C'est, « leur disait-il, en baisant amoureusement le pied de la jusce tice de Dieu qu'on arrive sûrement entre les bras de sa mi- « séricorde ; il est certain que ceux qui espèrent en sa bonté oe (( seront point confondus. » Et ces douces paroles remplissaient leur cœur de tant de confiance, qu'on en a vu souvent aller à la mort avec joie et contentement, en disant comme saint Augustin : « Il vaut mieux mourir en aimant Dieu que « de vivre en l'offensante »
C'est à ce grand zèle que l'Église dut le retour de soixantedouze mille hérétiques^ vingt-cinq mille dans le Ghablais ou les provinces voisines, et les quarante-sept mille autres dans les différents lieux où il porta ses pas^. De là celte immense correspondance avec des âmes dispersées en diverses provinces, pour les diriger dans les voies de la perfection ; de là cette ardeur pour la sanctification de ses prêtres, qui était, à ses yeux, la première condition de la réforme des peuples ; de là tantdc synodes et de constitutions, tant d'exhortations pressantes à l'observation exacte des canons, tant de moyens de toute espèce qui firent du clergé de son diocèse le clergé le plus régulieret le plus exemplaire de l'Église; de là, pour ce qui le regardait lui-même, ces travaux continuels et ce dévouement incessant au plus grand bien des âmes : « Une multitude de personnes ac- (( court à moi, écrivait-il à sainte Chantai, pour savoir com- « ment il faut servir Dieu. Secourez-moi par vos prières; car, « pour l'ardeur, je l'ai plus grande que jamais. Mais, voyez- « vous, tant d'enfants se jettent entre mes bras, que j'en per- « drais la force, si l'amour de Dieu ne me ravigorait. » De là tant d'excellents écrits pour évangéliser ceux que sa parole ne pouvait atteindre; delà tant de courses aspostoliques, tant de visites pastorales à travers les montagnes et les rochers :
» Esprit de saint François de Safes, II« part., sect. vi. s Dép. de Langin,