LIV. VIL — SON ZÈLE
de là enfin son assiduité infatigable à prêcher partout où il allait, soit au dedans, soit au dehors de son diocèse.
Depuis son entrée dans Tétat ecclésiastique jusqu'à sa dernière maladie, il eut pour principe de ne jamais refuser aucune invitation d*annoncer la divine parole *. Presque chaque année il prêchait en quelque paroisse les stations de l'A vent et du Carême, et dans ces stations il prêchait à peu près tous les jours. Quand il séjournait à Annecy, il était peu de dimanches et de fêtes où il ne prêchât en quelque église, sans compter les occasions qui se présentaient sur semaine; et, quand il sortait d'Annecy, quelque part qu'il allât, au loin comme au proche, il évangélisait les peuples avides de Fentendre; ce qui lui fit dire peu avant sa mort qu'il avait prêché dans sa vie plus de quatre mille sermons^.
Dans toutes ses prédications, un seul sentiment le conduisait en chaire, le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, zèle si épuré de toute vue humaine, qu'il prêchait aussi volontiers à la campagne qu'à la ville, devant les pauvres que devant les riches, comme nous avons pu souvent le remarquer dans le cours de cette histoire. N y eût-il même que quelques personnes dans Fauditoire, il portait la parole avec la même ardeur qu'au milieu des assemblées les plus nombreuses : « Je « ne suis jamais si content, disait-il, que quand en montant en « chaire je vois peu de gens devant moi. Une expérience de « trente ans m'a démontré que c'est alors qu'on fait le plus de « bien. J'ai toujours vu la prédication produire de plus grands « fruits dans les petites assemblées que dans les grandes. Aussi, « ajoutait-il, ni un grand auditoire ne m'encourage, ni un « petit ne me décourage : pourvu que quelqu'un soit édifié, « c'est assez '. »
Sa manière de prêcher était éloignée de toute prétention : il préparait ses sermons le plus souvent en se promenant et en
j ï Dép. de Favre,
I 2 Dép. de sainte Chanlaly art. 35, p. 125.
' Esprit de saint François de Sales, p. II*, soct. xxxviii.
méditant dans un saint recueillement, qui était pour lui comme un foyer de lumière sur ce qu*il avait à dire. H allait ensuite parler en chaire d'une manière simple et tout apostolique» uniquement préoccupé du désir d'être utile aux âmes. « J'ai toujours remarqué, dit un témoin appelé dans le procès « de sa béatification \ qu'il prêchait apostoliquement, cher- « chant le salut des &mes et non rapplaudissement des « hommes. Une fois même, il s'arrêta tout court en chaire, a s apercevant que sa parole flattait trop les oreilles desan- « dileurs, qui étaient près d'applaudir; et il prit un genre « plus simple, plus propre à faire oublier l'orateur, afin qu'on t< ne pensât qu'au fond des choses. » « Il éclaircissait tout ce « qu'il disait, raconte un autre témoin^, par des paroles si « intelligibles, des comparaisons si frappantes, des expositions « si nettes, que les personnes les plus rustiques comprenaient « et racontaient au sortir de l'église, avec un contentement « incomparable, les beaux enseignements qu'elles avaient re- « çus de sa bouche. »
Telle était en eff'et l'idée qu'il avait conçue de la vraie manière d'annoncer la parole de Dieu. Il n'y pouvait souffrir ni la recherche du style et des pensées, ni les fieurs incapables de produire des fruits. « Quoiqu'il soit louable, disait-il, d'em- « ployer les vases des Égyptiens à la décoration et au senricc M du tabernacle, il faut que ce soit sobrement. L'interpréla- « tion de l'Évangile doit être conforme à sa simplicité, et il « faut bien se garder de farder la parole de Dieu. La marque <\ à laquelle on reconnaît un bon prédicateur, ajoutait-il, ce « n'est pas quand on s'écrie : Oh! qu'il a bien parlé! quH » « dit de belles choses! mais c'est quand on se dit en se frap- « panl la poitrine : Oh! que je vivrai mieux désormais! oh. « que la pénitence est nécessaire, que la vertu est belle, le « péché haïssable, la croix aimable 1 Ce sermon nous serare-
' iJép. de Ftibbé de Movxl.
^ JJép. de Passis.