‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 226 sur 292 · LIV. VII. — SON ZÈLE · texte numérisé non relu

LIV. VII. — SON ZÈLE

« proche au jour du jugement si nous n'en faisons pas bon u usage. C'est enfin lorsque, sans tant de discour?, l'amende- « ment de la vie rend témoignage au sermon ^ »

Aussi, quand il entendait parler de quelque prédicateur célèbre : « Combien de ses auditeurs se sont convertis? » demandait-il; et d'après cela il asseyait son jugement. Un jour qu'un prédicateur de grand renom avait prêché en sa présence et que tout le monde criait merveille, il prit à part quelques-uns des admirateurs : « Ëh bien, leur dit-il, quel fruit « avez-vous retiré du sermon? » L'un fit des exclamations sur le mérite de l'orateur sans y mêler une réflexion utile; l'autre, plus Ingénu, répondit franchement : « Si je l'avais compris, « il n'aurait rien dit que d'ordinaire et de commun ; son mé- « rite, c'est d'avoir dit des choses si hautes et si sublimes, « qu'elles surpassent notre portée. » Et de là le saint concluait combien les ministres de TËvangile devaient s'attacher, non à briller, mais à instruire et à édifier.

Pour lui, ilne parlait jamais en chaire que sous l'impression de celte pensée; et le feu vif et pénétrant de ses regards où se lisait le zèle qui le brûlait au dedans, l'affection peinte dans tous ses traits, le son tendre et touchant de sa voix pleine de compassion pour les misères de l'homme, l'onction avec laquelle il racontait soit les divines miséricordes, les espérances de la vie future, les joies de la bonne conscience, soit les salutaires terreurs des jugements de Dieu et la rigueur de ses vengeances, qu'il mêlait dans son discours avec un sage tempérament, allaient jusqu'au fond des âmes les plus obstinées remuer la fibre du repentir ou rallumer dans les tièdes le feu sacré. Il semblait en le voyant, dit un témoin *, voir un séraphin embrasé de l'amour de Dieu, et toute sa manière révélait dans son cœur une fournaise d'amour. Lorsqu'il prêchait devant les hérétiques, il ne cherchait point à les confondre, mais à

* EspfHl de saint François de Sales, p. XV", sect. ix. — P. IIl*, sect. m Pi IV. — P. X1V% sect. XXII. — P. XIII% sect. xiii.

* Dép. de Janus.

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les persuader, et il établissait la vraie doctrine sans paraître attaquer de front Thérésie * : « Car, disait-il , quand ils « voient qu'on les attaque, ils se tiennent en garde ; et lor- (c gueil qui craint d'avoir le dessous s'opiniâtre à proportion « qu'on lui prouve qu'il a tort. » Pour prévenir cet inconfénient, il ne traitait la controverse qu'en la déguisant, présentait la vérité dans sa simplicité naïve avec ses grâces et ses attraits si propres à lui gagner les cœurs droits ; et, tout en ne paraissant que développer sa thèse, il mettait à néant toutes les objections, sans sembler même en parler, par un exposé clair et simple des principes de solution. De là il passait aux mouvements tendres et pieux qui naissaient du sujet, et c'était en cette partie de son discours qu'il plaçait tout son espoir : « Car. disait-il, depuis trente-trois ans que je prêche, j'ai re- « marqué que c'est en prenant les hommes par le cœur qu'on les « convertit, que les discours moraux traités avec piété et zèle « sont autant de charbons ardents qu'on jette au visage des « protestants qui vous écoutent, qu'ils en demeurent édifiés « et deviennent plus dociles et plus traitables dans l'éclaircis- « sèment privé qu'on leur donne des points sur lesquels ils « difTèrent d'avec nous. »

Enfm^ à ces conditions de la bonne prédication, le saint apôtre en ajoutait une autre qu'il recommandait à tous les prédicateurs, c'était la brièveté. « Croyez-moi, leur disait-il*t « c'est par expérience et une longue expérience que je vous « dis ceci : Plus vous direz, moins l'on retiendra. Moins vous « direz, plus on profitera. A force de charger la mémoire des (c auditeurs, on la démolit; on éteint la lampe quand on y « met trop d'huile, et on suffoque les plantes en les arrosant « outre mesure. Quand un discours est trop long, la fin fait « oublier le milieu, et le milieu le commencement. Les niê-

i Esprit de saint François de Sales, X* part., soct. v. — \l\* parisect. xvii et xviii.

2 EspHi de saint François de Sales, II« part., sect. xxxvii. — XVrpart-

soct. XV.

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(c diocres prédicateurs sont recevables, pourvu qu'ils soient « courts, et les excellents sont à charge quand ils sont trop « longs. » Peu et bon, c'était sa maxime ; et il Tappuyait sur l'exemple des Pères, dont les homélies sont courtes, mais pleines de choses et de doctrine.

Quand ]es discours si remarquable dont nous venons de raconter la méthode n'obtenaient pas la conversion, le saint prélat ordinairement consommait Tœuvre en particulier dans des conférences paisibles et amicales : là il laissait avec beaucoup de patience les hérétiques ou les incrédules dire à leur aise tout ce qu'ils avaient à objecter contre la religion; et, quand son tour de parler était venu, au lieu de perdre le temps à disputer, il leur exposait nettement et simplement la vraie doctrine sur le point en question, sans aucun mot qui sentit la controverse, faisant ressortir d'un côté les beautés de la foi catholique bien entendue, de l'autre la perfidie des ministres qui l'avaient défigurée; et l'expérience lui avait appris que c'était là le meilleur moyen de convertir les hérétiques.

Autant François avait de zèle pour le ministère de la chaire^ autant il en avait pour le tribunal de la pénitence^ : convaincu que, de toutes les fonctions du ministère ecclésiastique, celleci est la plus utile aux âmes, il y donnait tout le temps que ses autres devoirs lui laissaient libre. Tous les dimanches et fêtes où il ne devait pas officier^ il célébrait la messe de très grand matin pour entrer plus tôt au confessionnal, et il y restait tant qu'il se présentait des pénitents à entendre ^. Les autres jours, à toute heure on le trouvait prêt à recevoir quiconque réclamait son ministère. Un jour il était revêtu de ses ornements pour dire la messe, déjà même il se rendait à l'autel, lorsqu'une pauvre femme l'arrête en chemin et lui demande à se confesser; il revient sur ses pas, dépose ses orne-

1 Dép. de sainte ChanlaL art. 4-2, p. 160. * Dép, de Legay,

4dC vie de saint FRANÇOIS DE SALES.

ments et entend la confession. Mille fois au moment où il allait se mettre à table, des personnes rappelaient au tribunal; il laissait là son repas avec tous ses gens qui se plaignaient et se rendait au désir des pénitents. D'autres fois, il se Irouvait occupé à confesser au moment que sonnait l'heure do diner^ chose qui lui arrivait surtout dans ses visites pastorales, où il recevait la confession de tous ceux qui se présentaient; on venait l'avertir que l'heure du repas était passée: « J'y vais, » répondait-il avec douceur; et bientôt, entrainépar son zèle, il oubliait ce qu'on lui avait dit, confessait jusque ce qu'il n'y eût plus personne ^ Il lui est même arrivé plusieurs fois de se rendre jusqu'à des distances de deux ou trois journées de marche pour entendre des malades qui désiraient se confesser à lui ^; et, lorsqu'il allait hors d'Annecy visiter quelques amis, il semblait n'être venu dans le lieu que pour confesser. « Je n'ose plus, disait-il un jour ^ visiter ceuxqai « me font l'honneur de m'affectionner, parce que, quand je « crois ne séjourner chez eux que deux ou trois jours, je suis « contraint d'y passer la semaine pour entendre les confes- « sions du tiers et du quart, et, quand je n'ai qu'un soir à y <c rester, il me faut vaquer à ces bénites confessions jusqu'à « une ou deux heures après minuit. »

Il ne savait pas ce que c'était que faire acception de personnes; une multitude de pénitents de toute condition veDail à lui; il les recevait tous avec un égal amour et une même douceur, sauf les plus pauvres et les plus rebutants, qu'il accueillait avec plus de tendresse, « parce que, disait-il, c'était « à leur endroit que la charité était plus pure et plus vraie. >' Il n'y avait pas jusqu'aux petits enfants auxquels il ne prodiguât son ministère, et il le faisait d'une manière si bonne et si maternelle, qu'ils prenaient plaisir à y revenir souvent- Tous ces travaux le faisaient triompher d'aise, « parce que,

1 Dép. de Daunant.

' Dép, du chan, Gard.

3 Le P. la Rivière, p. 488.

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